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Le Premier ministre Harper s'adresse à la Chambre de commerce Canada-Royaume-Uni, à Londres

29 mai 2008
Londres
Bon après-midi Mesdames et Messieurs. Je vous remercie, Monsieur le Haut commissaire Wright de votre aimable présentation. Je salue le ministre Wicks, qui a était aussi assis à mes côtés lors de ma dernière visite ici, et le Haut commissaire Cary. J’aimerais aussi souligner la présence de mes collègues, John Baird, le ministre de l’Environnement du Canada, et le député Joe Comuzzi. Je remercie encore une fois votre président, Michael et tous les commanditaires de la Chambre de commerce Canada-R.-U. de m’offrir cette occasion de prendre la parole devant vous et vos distingués invités et membres de la table d’honneur.

Ma dernière visite ici, comme on l’a mentionné, date de près de deux ans, et beaucoup de choses se sont passées depuis. L'un des changements qui me frappe le plus est qu'en tant que chef de gouvernement depuis moins de deux ans et demi, je suis déjà le troisième leader d'un pays du G8 en poste depuis le plus longtemps.

Dans un contexte politique, cela en dit long sur le rythme des changements, du moins sur le rythme des changements qui se produisent dans le monde démocratique. J’assistais récemment à une conférence internationale qui réunissait quelque 60 leaders et je dois vous dire, Monsieur le Haut commissaire, que j’ai parcouru rapidement la liste des divers leaders contenue dans le cahier d’information de votre ministère et que j’ai pu voir depuis combien de temps ils occupaient leurs fonctions. Peu d’entre eux étaient en fonction depuis plus longtemps que moi, et la plupart d’entre ceux-ci venaient de pays qui étaient des dictatures; alors, peut-être que cela vous dit quelque chose. Quoi qu’il en soit, d’autres choses aussi ont changé. L’économie mondiale s’est grandement transformée : il y a deux ans, l’humeur générale était plutôt optimiste; aujourd’hui, une grande incertitude règne dans l’économie mondiale. Mais je suis heureux de déclarer que l’économie canadienne s’est montrée très résistante. Notre position financière demeure la meilleure parmi les pays du G8, notre excédent budgétaire en pourcentage du PIB étant le plus élevé et notre dette, la plus basse. Notre taux de chômage demeure faible et l’emploi atteint des niveaux record. Les taux d’intérêt sont bas, l’inflation est faible et stable, et le revenu disponible des ménages croît de façon constante. En fait, les ménages, les gouvernements et les banques ont tous en général des bilans financiers assez solides.

La résistance économique du Canada est due en partie aux mesures notables que nous avons prises sur le plan de l'imposition. Nous réduisons les impôts des particuliers, des familles et des sociétés, de même que les taxes à la consommation.

Grâce aux mesures adoptées l’automne dernier, le fardeau fiscal au niveau fédéral au Canada descendra au cours des prochaines années à son niveau le plus bas depuis le début des années 1960. En fait, le taux combiné fédéral et provincial d’imposition des sociétés sera le plus faible du G7 d’ici 2012, et nous sommes sur la bonne voie pour avoir les taux d’imposition les plus bas du G7 pour les nouveaux investissements dans les entreprises d’ici 2010. Alors, il n’y a pas de doute que les choses vont bien pour le Canada. Notre pays a aussi bénéficié de la période de prospérité mondiale dans les produits de base. La dernière fois que j’ai pris la parole devant votre groupe, j’ai fait remarquer que le Canada était une superpuissance énergétique en émergence et, de toute évidence, cette situation nous a aidés également. Permettez-moi de vous rappeler simplement les faits à ce sujet. Notre pays est le septième pays au monde pour la production pétrolière, ses réserves prouvées étant les deuxièmes plus importantes au monde. Nous nous situons au 11e rang au monde pour la production de charbon, au troisième pour la production de gaz naturel et au premier pour la production d’hydroélectricité ainsi que pour l’uranium. Évidemment, le Canada – et cela est important – est le seul pays fiable, stable, sûr, démocratique et axé sur les marchés qui est un fournisseur en croissance de produits énergétiques. Cela n’a pas changé, mais beaucoup a changé dans le domaine de l’énergie depuis ma dernière allocution devant cette organisation. Il y a quelques années, les préoccupations ici et dans toute l’Europe portaient presque exclusivement sur l’impact environnemental des hydrocarbures et sur la nécessité de diminuer la consommation d’hydrocarbures, mais à présent, la population s’inquiète de quelque chose de tout à fait différent, c’est-à-dire, bien entendu, du coût élevé de l’énergie et, dans certains cas, des taxes qui contribuent à relever ces prix. Il faut dire, cependant, que ces deux problèmes appellent une même solution, soit la transition à un monde beaucoup moins dépendant des hydrocarbures.

Je tiens toutefois à préciser que le Canada veut non seulement être une superpuissance énergétique, mais une superpuissance énergétique propre, car la réalité des changements climatiques nous touche tous. Je ne vais pas insister là-dessus, car d’autres savent le faire mieux que moi. Je me contenterai de dire ceci : si une baisse de l’utilisation des hydrocarbures est nécessaire sur le plan environnemental, il est important de comprendre qu’elle sera inévitable sur le plan économique dans les décennies à venir. En effet, la fin de l’ère des hydrocarbures à bas prix approche. J’aimerais attirer votre attention sur le tableau présenté à l’écran. L’offre mondiale de pétrole à bas prix s’amenuise.

Ce tableau, basé sur les données de l'Agence internationale de l'énergie, indique que la croissance de la demande excède la croissance de l'offre, même avec les prévisions les plus conservatrices qui soit. Et cela ne va pas changer. Toutes les grandes réserves facilement exploitables de ce qu’on appelle le pétrole léger non sulfuré ont probablement été découvertes. L’industrie du pétrole sera forcée de regarder de plus près, de creuser plus profondément et de dépenser davantage pour trouver du pétrole brut qui sera encore plus difficile à raffiner. En même temps, la demande d’énergie atteint de nouveaux sommets, sous l’impulsion de pays qui s’industrialisent rapidement, comme la Chine, l’Inde et le Brésil. Il ne faut pas être un économiste pour voir où cela nous conduira à long terme. À titre d’exemple, lorsque je me suis adressé à vous, il y a deux ans, le prix moyen se situait un peu au-dessous de 75 $ le baril, et nous pensions tous que c’était un prix élevé. On sait que le prix d’aujourd’hui atteint environ 130 $ le baril! Voilà les réalités économiques et énergétiques de l’heure. Mais dans une perspective environnementale, il faut que cette crise énergétique devienne un cadeau du ciel. Plus le pétrole sera cher, plus les énergies propres et écologiques deviendront concurrentielles et plus il sera essentiel de conserver nos ressources. Pourtant, malgré les hausses vertigineuses des prix, on n’assiste pas à un abandon massif des hydrocarbures. La préoccupation dominante au sujet des changements climatiques n’a pas mené jusqu’ici à l’offre de produits de remplacement propres, largement disponibles et à prix raisonnables qui répondraient aux augmentations exponentielles de la demande énergétique mondiale. C’est là que réside notre défi. Et je vais vous dire comment le Canada tente de relever ce défi. D’abord, en termes simples, Mesdames et Messieurs, nous jouons à rattraper le temps perdu.

Comme l'indique cette illustration, malgré les engagements que nos prédécesseurs ont pris au titre du Protocole de Kyoto, les émissions de gaz à effet de serre ont continué à augmenter sans cesse au Canada depuis le début des années 1990. Lorsque nous sommes entrés au pouvoir, en 2006, les émissions du Canada étaient de près de 29 % plus élevées que l’objectif fixé dans le Protocole de Kyoto et elles allaient continuer à augmenter très rapidement. En fait, si le Canada avait poursuivi dans la même voie, nos émissions seraient de l’ordre de 65 % plus élevé que notre objectif de Kyoto d’ici 2020. Notre pays n’était pas le seul à ne pas agir. De nombreux pays, dont des pays européens signataires de Kyoto, comme l’Italie, l’Espagne et l’Irlande, n’avaient pas réussi à réaliser des réductions importantes au cours de la même période. En fait, dans l’ensemble, les seuls pays qui ont réalisé des réductions sensibles sont ceux qui ont connu des déclins industriels ou des transformations sans grand rapport avec un plan de réduction des émissions.

Nous en avons tiré deux leçons. D'abord, le Canada a le devoir d'agir, et deuxièmement, nous ne pouvons répéter notre erreur du passé. Nous devons fixer des objectifs réalistes. Nous avons commencé par nous poser des questions bien terre-à-terre, comme : qu’est-ce qui constitue des objectifs réalistes de réduction des émissions pour le Canada et comment pourrons-nous les atteindre? En tentant de répondre à ces questions, nous avons rapidement conclu qu’il était primordial de concilier les réductions d’émissions et l’impact de nos actions sur l’économie du pays. Je sais que dans certains milieux, il n’est pas politiquement correct de laisser entendre qu’il faut trouver un équilibre entre les objectifs environnementaux et les impératifs économiques. Il est vrai qu’on ne peut soutenir la croissance économique sur notre planète sans une meilleure préservation de notre environnement. Mais il est vrai également, comme le montre actuellement la réaction à la hausse des prix de l’énergie en Europe, que nous ne pourrons progresser sur le plan de l’environnement si nous ne pouvons pas répondre aux besoins économiques de la population. Ainsi, nos objectifs doivent être réalistes, pratiques et réalisables. Il reste qu’il nous faut des objectifs. Ce n’est pas parce que le prix du pétrole exerce lui-même des pressions politiques que nous pouvons abandonner tous les efforts pour lutter contre les changements climatiques.

La solution, comme nous disons depuis longtemps, est la même. D'abord, il s’agit de trouver un équilibre entre nos objectifs environnementaux et économiques.

Ce sont là les principes directeurs de notre plan national intitulé Prendre le virage. Comme vous pouvez le voir sur cette diapositive, nos objectifs sont ambitieux, mais ils sont réalistes. Dans un laps de temps relativement court, nous restreindrons et inverserons la hausse des émissions de GES. Nous avons l’intention d’abaisser nos émissions de 20 % au-dessous des niveaux de 2006 d’ici 2020 et nous visons à les réduire de 60 à 70 % d’ici 2050. En fait, notre objectif à moyen terme de 2020 se veut l’un des objectifs de réduction les plus audacieux au monde.

Pour la toute première fois, le Canada va établir un cadre réglementaire qui imposera des objectifs de réduction obligatoires à toute l'industrie canadienne.
Pour la toute première fois, le Canada établira un cadre réglementaire qui imposera des objectifs de réduction obligatoires à l’ensemble de l’industrie canadienne. En 2010, les industries devront diminuer de 18 % leurs émissions de gaz à effet de serre par unité de production comparativement aux niveaux de 2006. Ces cibles augmenteront de 2 % par année lors de chacune des années suivantes. Ainsi - et c’est ce qui compte – nous pourrons obtenir une réduction absolue des émissions, pas seulement une réduction de l’intensité des émissions de carbone. Comme je l’ai déjà dit, ces cibles nous permettront d’obtenir une réduction absolue des émissions de 20 % d’ici 2020. Les industries canadiennes qui ne respecteront pas leurs cibles auront trois options : elles auront accès à un système d’échange de crédits d’émissions de carbone qui comprendra des crédits compensatoires pour les pratiques industrielles contribuant à réduire les émissions. Nous comptons participer à un régime nord-américain d’échange de crédits d’émissions de carbone, selon les mesures que prendront les États-Unis (j’aborderai ce sujet dans quelques secondes). Nous espérons également participer un jour à un régime d’échange de droits d’émissions international plus mature et plus solide. De plus, les industries auront accès à des crédits par le biais du Mécanisme de développement propre des Nations Unies.

Et finalement, fait plus important encore, les industries pourront financer un fonds qui permettra de développer et d'appliquer de nouvelles technologies énergétiques propres. Autrement dit, nous voulons instaurer des incitatifs économiques pour stimuler directement la transformation technologique qui sera requise pour équilibrer les réductions d’émissions et la croissance économique. J’aimerais d’ailleurs vous dire quelques mots sur les sables bitumineux, un des secteurs ayant connu la plus forte croissance en matière d’émissions de gaz à effet de serre.

La réglementation industrielle du Canada comprendra des objectifs spécifiques et plus exigeants pour les sables bitumineux. Premièrement, nous avons commencé l’année dernière à éliminer les incitatifs fiscaux établis par nos prédécesseurs, qui encourageaient et subventionnaient la croissance de l’industrie traditionnelle des sables bitumineux. Nous éliminons graduellement ces incitatifs pour les remplacer uniquement par des incitatifs pour le déploiement d’énergies vertes. Deuxièmement, les cibles pour les sables bitumineux seront beaucoup plus strictes que celles imposées aux autres industries. Tous les nouveaux projets de sables bitumineux devront obtenir des réductions d’émissions équivalentes à ce qu’elles auraient été si des mesures de captage et de stockage du carbone avaient été prises. Le captage et le stockage du carbone est une nouvelle technologie que nous mettons à l’essai dans l’Ouest du Canada. Je sais la que la Grande-Bretagne investit également dans cette technologie, qui consiste à récupérer les gaz à effet de serre produits par les processus industriels et à les enfouir dans le sol, habituellement dans les mêmes formations géologiques d’où proviennent les hydrocarbures. Des projets pilotes sont en cours en Saskatchewan et ailleurs au Canada, et les résultats sont très encourageants. Nous croyons même que ces procédés pourront être appliqués à l’échelle mondiale un jour. Mais, je le répète, les cibles imposées à l’industrie des sables bitumineux ne dépendent pas du déploiement technologique actuel. Nous exigerons néanmoins des réductions équivalentes. Les nouvelles centrales au charbon seront assujetties aux mêmes normes.

Cela signifie en pratique qu'après 2012, aucune centrale au charbon ne pourra être mise en exploitation au Canada et que les nouvelles usines de sables bitumineux ne seront permises que si elles s'engagent à réduire massivement leurs émissions. Au moment où nous négocions un traité international sur les changements climatiques, nous croyons fermement que ces normes devraient être également appliquées à l’échelle mondiale. Je dois mentionner que, bien que prévoyons fixer le prix du carbone à 65 $ la tonne; à ce taux pour la prochaine décennie, notre gouvernement a décidé de ne pas imposer de taxe sur le carbone.

Les taxes sur le carbone peuvent créer une certitude quant aux prix, mais pas quant aux résultats. Notre plan a pour objectif de créer une certitude quant à la réduction des émissions, pas de générer des revenus pour le gouvernement. En plus d’obliger l’industrie à payer pour ses émissions de carbone, notre plan obligera celle-ci à vraiment les réduire. L’industrie nous a mentionné qu’elle voulait et devait obtenir une certitude à cet égard. Notre cadre lui fournira, grâce à des cibles claires, à des délais réalistes et à une application uniforme. L’industrie sait maintenant ce qu’elle doit faire et quand elle doit le faire.

Cependant, l'industrie ne représente que la moitié des émissions totales de gaz à effet de serre au Canada. Nous devons tenir compte d'autres aspects clé de notre économie. C’est pourquoi, par exemple, nous exigerons 5 % de carburant renouvelable dans l’essence d’ici 2010. Nous imposerons des normes strictes de consommation de carburant au secteur de l’automobile, à compter de l’année modèle 2011, et bien sûr, nous entreprenons de nombreuses initiatives de développement de carburants de remplacement et d’amélioration de l’efficacité énergétique. Mesdames et Messieurs, laissez-moi seulement vous dire que nous sommes très fiers du plan que nous avons élaboré. Je crois qu’il contient des éléments qui pourraient contribuer de façon importante à la réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale, et qu’il démontre que le Canada est maintenant un allié digne de confiance dans la lutte contre le réchauffement de la planète. Notre pays peut être un chef de file dans ce domaine à d’autres égards. En tant que plus grand producteur d’uranium, nous pouvons contribuer à la renaissance de l’énergie nucléaire, une source qui ne produit pas d’émissions et qui prendra de l’ampleur ici, en Grande-Bretagne, et ailleurs dans le monde. Au Canada, nous sommes en voie de produire 90 % de notre électricité à partir de sources non émettrices, comme l’hydroélectricité, le nucléaire et l’énergie éolienne, d’ici 2020. Nous disposons d’une capacité extraordinaire de développer davantage de sources d’énergie non émettrices qui pourraient aider nos puissants voisins du Sud à réduire leurs émissions de carbone.

Mais, franchement, je crois que le plus grand pas que le Canada puisse et doit faire sur cette question de première importance est de continuer à promouvoir la participation mondiale à la lutte contre les changements climatiques. Tout compte fait, le Canada ne produit que 2 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales. Le véritable avantage environnemental de notre plan d’action ne pourra se concrétiser que si nous faisons partie d’un régime de réduction des émissions vraiment international. En réalité, si tous les pays développés agissaient de leur côté, ils n’auraient qu’une très faible incidence sur les émissions mondiales de gaz à effet de serre. Les pays qui ont accepté de respecter les cibles de Kyoto sont responsables de moins de 30 % des émissions mondiales, et ce pourcentage diminuera inévitablement et continuellement au cours des années à venir. La Chine est probablement déjà le plus grand pays émetteur de gaz à effet de serre, et les émissions d’autres pays en développement, comme l’Inde et l’Indonésie, augmentent rapidement. J’ai établi certaines projections. La ligne rouge représente la tendance actuelle. La ligne bleue correspond à la proposition de l’UE. Si celle-ci était adoptée, et franchement, je crois qu’elle est beaucoup trop stricte pour que l’on puisse s’y conformer, nous assisterions toujours à une hausse des émissions. Et même si les pays développés éliminaient complètement leurs émissions de gaz à effet de serre, ce qui est évidemment irréaliste, la ligne mauve représente la tendance à la hausse qui en résulterait. Même selon ce scénario, les émissions mondiales doubleraient au cours des cinquante prochaines années.

C'est pourquoi nous croyons fermement que le prochain protocole de l'ONU sur les changements climatiques doit être véritablement mondial. Il doit inclure des objectifs exécutoires pour tous les grands émetteurs, y compris les États-Unis et la Chine. Permettez moi de parler un peu des États-Unis. En tant que Canadiens, nous ne partageons pas seulement un continent avec les Américains, mais, comme vous le savez, nous partageons aussi une économie hautement intégrée, ce qui fait que nous surveillons très étroitement la scène politique des États-Unis. Heureusement, les principaux candidats à la présidence montrent une ouverture nouvelle et considérable pour la lutte contre les gaz à effet de serre. Avec un nouveau président et un nouveau Congrès, nous sommes confiants que nous verrons une volonté d’accomplir de réels progrès aux États-Unis sur la question des émissions et des changements climatiques. Mais laissez moi vous dire que ce seront des progrès réalistes. Nous ne verrons jamais les États-Unis ratifier un protocole international qui n’exige pas une véritable action mondiale. C’est à–dire que nous ne verrons jamais les États-Unis ratifier un accord international si cet accord leur nuit sur le plan de la compétitivité et ne garantit pas de réductions des émissions partout dans le monde. Souvenez vous que le Sénat américain a rejeté Kyoto par un vote de 95 contre 0, et qu’à ce moment, les émissions des pays en développement étaient beaucoup plus faibles qu’elles ne le sont aujourd’hui.

Personne ne suggère l’adoption d’une solution uniforme. Les économies développées comme les nôtres ont les moyens d'en faire plus et de le faire plus rapidement. Des stratégies différentes sont les bienvenues et nécessaires. Mais si nous voulons que les pays n’ayant pas ratifié Kyoto, comme les États-Unis, la Chine et d’autres grandes économies développées, fassent partie de la solution, nous devrons les inclure tous dans la solution, sinon aucun d’entre eux n’y sera, et alors tous nos efforts, au Canada, en Europe et ailleurs, pour lutter contre les changements climatiques, bien que nobles, seront largement inefficaces. Je crois que la réunion des grands émetteurs qui se tiendra cet été au Japon au moment du G8 nous donnera une indication de la réaction que suscite ce projet.

Mesdames et messieurs, la tâche qui nous attend est énorme. La menace des changements climatiques est réelle, mais le défi économique est difficile, et sur le plan politique, les paroles sont plus faciles que les actions. Même l’Union européenne, malgré ses meilleurs efforts, n’a obtenu que de modestes réductions d’émissions à ce jour. Toutefois, une puissante vague de volonté politique dans l’ensemble de nos pays nous incite à faire mieux, et de brutales réalités de l’offre et de la demande forceront le changement, avec ou sans cette volonté politique. Le Canada fera sa part. Notre plan Prendre le virage donnera des résultats très semblables aux repères établis par l’Union européenne d’ici à 2020. Aussi, nous ferons valoir, au pays et à l’étranger, un moratoire sur les nouvelles centrales thermiques polluantes alimentées au charbon, un meilleur contrôle du traitement du pétrole lourd, l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire et des cibles pour la production d’électricité propre. En fin de compte, le réchauffement planétaire est un problème mondial, et, pour le résoudre, nos plans environnementaux doivent être économiquement équilibrés et le monde entier doit adhérer à la cause. Voilà mon message. Merci beaucoup. Je vous vous remercie à nouveau de votre invitation et de votre attention.


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