Lettre ouverte au Président français Nicolas Sarkozy

Ottawa (Ontario)
22 septembre 2011

Monsieur le Président Sarkozy

Trois ans après notre première réunion des leaders, les citoyens et les gouvernements du monde entier ressentent encore les effets de la crise financière mondiale. De nombreux pays avancés auront de la difficulté à se sortir de cette profonde récession. La croissance des marchés émergents sera affectée et la marge de manœuvre sera plus limitée qu’en 2009.

Nous soutenons entièrement votre vision énoncée hier, selon laquelle le sommet du G20 doit avoir comme priorité « d’aider le monde entier à trouver la voie de la croissance ». Nous apporterons notre plein soutien à votre présidence dans l’atteinte de cet objectif au Sommet de Cannes en novembre. Nous devons prendre des mesures décisives afin de soutenir la croissance, la confiance, et la crédibilité. 

Nous n’avons pas encore maîtrisé les défis de la crise. Les déséquilibres mondiaux augmentent à nouveau. Les risques externes pesant sur la stabilité de nos banques et de nos économies atteignent les niveaux d’avant-crise. Les prix de l’énergie élevés et instables nuisent à nos citoyens et à la croissance économique mondiale. 

Parallèlement, la confiance des citoyens, des entreprises, et des marchés a été ébranlée en raison du manque d’une volonté politique manifeste: c’est en soi ce qui freine la reprise. Au cours de l’été, les difficultés à trouver une solution durable aux problèmes des dettes souveraines ont miné davantage la confiance.

Le G20, qui représente 85 % de l’économie mondiale, est notre plate-forme pour relever ces défis. Sous votre direction à Cannes, nous avons tous la chance de nous engager à prendre les mesures nécessaires. Il faut s’entendre sur les décisions difficiles à prendre, et valider nos mesures par rapport aux analyses et aux recommandations objectives des institutions internationales compétentes. Il faut donner suite à ces décisions selon le cadre pour une croissance forte, durable et équilibrée adopté à Pittsburgh. Nous devons absolument travailler ensemble pour rétablir une croissance vigoureuse et la confiance dont elle est tributaire.

Les priorités sont claires.

Il faut augmenter la demande mondiale sans engendrer de nouveaux déséquilibres mondiaux insoutenables. Les pays en excédent doivent favoriser davantage la croissance de la demande intérieure, traduire leurs politiques par des engagements politiques clairs au sein du G20, notamment en matière de réforme structurelle, garder leurs marchés ouverts, accroître la flexibilité des taux de change et éviter toute dévaluation compétitive. Les pays en déficit doivent trouver de nouvelles sources de croissance, et notamment s’engager clairement dès maintenant à mettre en place les réformes structurelles spécifiques qui s’imposent. Ils doivent rétablir la compétitivité et améliorer le rendement sous-jacent de leurs économies.

Les gouvernements et institutions de la zone euro doivent agir sans tarder pour résoudre la crise de l’euro, et l’ensemble des économies européennes doivent s’attaquer à l’accumulation de la dette afin d’éviter la propagation à l’échelle de l’économie mondiale. L’accord de juillet visant à renforcer la Facilité de financement de la zone euro a constitué un premier pas important. Les pays de la zone euro doivent maintenant ratifier cet accord au plus tôt, tout en procédant à des réformes pour maîtriser des déficits excessifs, en améliorant la compétitivité économique et en prenant des mesures immédiates pour renforcer les systèmes bancaires. La zone euro doit envisager toutes les options possibles pour assurer la stabilité à long terme de la deuxième devise internationale.

Les pays aux prises avec des problèmes d’endettement à long terme doivent adopter et mettre en œuvre des plans de consolidation financière à moyen terme crédibles et axés sur la croissance, qui soient adaptés aux circonstances particulières de chaque pays. Les États-Unis, en tant que première économie mondiale, ont également un rôle important à jouer pour rétablir la confiance. L’entente bipartisane conclue en août pose les fondements d’un plan de réduction de la dette, et le plan de promotion de l’emploi du président Obama tombe à point pour impulser la croissance à court terme. Les États-Unis, de même que d’autres économies avancées très déficitaires, doivent surmonter les obstacles qui les séparent encore de la viabilité financière à moyen terme. 

L’échec des tentatives pour conclure un accord commercial international prive le monde d’une source de stimulation économique dont il a grand besoin. Il mine aussi la confiance du public dans notre capacité d’accomplir ce que les leaders ont maintes fois promis. Nous devrions nous entendre à Cannes sur un plan crédible à présenter à la réunion ministérielle de l’OMC en décembre en vue de conclure le Cycle de Doha pour le développement. À défaut d’une entente, nous devrions charger nos ministres d’examiner des approches novatrices pour faire progresser un accord commercial multilatéral et renforcer le système commercial multilatéral. Le commerce international peut être la locomotive de la croissance et du développement dans le monde, et nous devons continuer de le faire avancer.

Tout en prenant ces différentes mesures, le G20 doit s’engager dans la voie d’une croissance généralisée et appuyer un développement économique propre à réduire les disparités dans le monde.

Les obstacles actuels à l’action sont d’ordre à la fois politique et économique. Nous devons donner clairement le signal que nous sommes prêts à prendre les mesures nécessaires pour maintenir durablement la croissance et la stabilité pour tous. Au cœur de la crise financière mondiale, nous avons montré que les membres du G20 pouvaient unir leurs efforts face à l’instabilité mondiale. Le Sommet de Cannes est l’occasion pour les leaders de le prouver, de freiner la baisse de la confiance et de consolider les bases d’une croissance forte, durable et équilibrée pour l’avenir.

Le Premier ministre Gillard d’Australie
Le Premier ministre Harper du Canada
Le Président Yudhoyono d’Indonésie
Le Président Calderón du Mexique
Le Président Lee de la République de Corée; et
Le Premier ministre Cameron du Royaume-Uni

Vidéo