Merci de m’avoir permis d’être ici avec vous ce soir.
Je sais que rien de ce que je pourrais dire ne vous ramènera vos enfants.
Je sais qu’aucune parole de ma part, ni de quiconque, ne pourra combler le silence qui règne dans vos foyers ce soir. Je ne prétendrai pas le contraire.
Cependant, les chefs de tous les partis fédéraux et moi-même voulons que vous sachiez, non pas depuis Ottawa ou derrière un écran, mais en nous tenant à vos côtés ici, dans votre ville, que les Canadiennes et Canadiens sont avec vous. Nous serons toujours à vos côtés.
Et nous tenons à vous dire que, même si votre tristesse est immense, les Canadiennes et Canadiens feront tout leur possible pour vous aider à alléger votre lourd fardeau.
La population canadienne est avec vous. Nous serons toujours à vos côtés.
J’ai passé les dernières heures à Tumbler Ridge. J’ai rencontré des gens qui vivent une épreuve que personne ne devrait jamais avoir à endurer.
J’ai écouté. Et j’ai ressenti ce qui caractérise depuis toujours cette communauté : des gens qui prennent soin les uns des autres.
C’est tout simplement qui vous êtes.
En ces temps économiques difficiles, vous êtes restés ici et avez aidé vos voisins à trouver du travail. Vous avez maintenu la patinoire éclairée et les portes de l’école ouvertes.
Lorsque les feux de forêt vous menaçaient, vous vous êtes occupés des personnes âgées dans votre quartier. Vous avez chargé des camions et avez veillé à ce que personne ne soit laissé pour compte.
Et lorsque l’impensable s’est produit mardi, vous avez encore une fois réagi. Les premiers intervenants sont arrivés à l’école en moins de deux minutes. Des enseignants ont servi de boucliers humains pour protéger les enfants.
Vous vous êtes réconfortés mutuellement, comme vous le faites en ce moment même.
C’est ça, la grâce. C’est ce que nous faisons les uns pour les autres; c’est ce que nous recevons les uns des autres. C’est avoir le cœur grand ouvert quand le monde s’écroule.
Tumbler Ridge est pleine de grâce ce soir.
Je tiens à prendre un moment pour parler des personnes que nous avons perdues.
Abel Mwansa : un jeune homme brillant, souriant et ambitieux qui aimait tellement l’école qu’il a pleuré lorsque son père lui a proposé de faire l’école à la maison.
Zoey Benoit : une jeune fille de 12 ans résiliente, dynamique, intelligente, attentionnée et forte, qui aimait l’art, chanter et jouer avec ses frères et sœurs.
« Tiki » Lampert : une jeune femme « animée par l’amour et le bonheur » qui aimait ses frères et sœurs, la peinture, la cuisine, l’artisanat et Les guerrières de la K-pop.
Ezekiel Schofield : un joueur de hockey qui avait toujours le sourire aux lèvres.
Kylie Smith : une « magnifique âme, gentille et innocente », une artiste qui rêvait d’étudier un jour à Toronto.
Shannda Aviugana-Durand : elle s’est rendue mardi à l’école secondaire Tumbler Ridge pour que les élèves puissent apprendre. Elle y est restée pour les protéger. Il n’y a pas de plus grande preuve d’amour.
Ce soir, Maya Gebala et Paige Hoekstra se trouvent à l’hôpital pour enfants de la Colombie-Britannique, à Vancouver. Nous prions pour elles et pour les autres personnes blessées.
Et nous prions pour Jennifer et Emmett Jacobs, qui ont perdu la vie dans leur maison, car eux aussi méritent d’être pleurés.
Je souhaite vous raconter quelque chose ce soir.
En 1989, une jeune femme était assise dans une salle de classe à Montréal lorsqu’un homme armé a ouvert le feu. Elle a reçu quatre balles.
Elle a survécu. Quatorze femmes, dont six de ses amies et camarades de classe, n’ont pas eu cette chance. Dans les semaines qui ont suivi, alors qu’elle se remettait encore de ses blessures, elle a pris la décision de retourner en classe pour terminer ses études.
Cela n’a pas été facile. Cela a pris des années. La douleur n’a pas disparu. Elle n’a jamais complètement disparu. Mais Nathalie Provost s’est construit une vie. Elle est devenue ingénieure. Elle a élevé quatre enfants.
Elle sert désormais notre pays à la Chambre des communes. Et cette semaine, elle a parlé de vos enfants, les larmes aux yeux.
Je ne raconte pas son histoire pour dire que la guérison est facile – ce n’est pas le cas.
Non pas parce qu’il y a un temps imparti pour vivre un deuil – il n’y en a pas. Personne ne peut vous dire comment porter votre fardeau.
Nathalie est la preuve vivante qu’il est possible de supporter l’insupportable. Que l’horreur de ce qui s’est passé ne doit pas nécessairement signifier la fin de ce qui est à venir.
Parce que nous donnons la grâce et que nous la recevons.
La grâce de Kylie, d’Ezekiel, de Zoey, de Tiki, d’Abel, de Ticaria, d’Emmett, de Shannda et de Jennifer.
La grâce qui imprègne cette communauté, cette grande famille réunie dans le froid, avec des bougies à la main pour honorer la mémoire de tous vos enfants.
La grâce venue de tout le Canada.
Lorsque nous quitterons cet endroit ce soir, certains d’entre vous retourneront dans des domiciles silencieux, d’autres rentreront chez eux et verront des pièces vides.
Sachez que vous n’êtes pas seuls.
Lorsque vous vous réveillerez demain et que le monde vous semblera impossible, sachez que des millions de Canadiennes et de Canadiens sont solidaires de vous.
Lorsque les caméras partiront et que le calme reviendra, sachez que nous serons toujours là, et sachez que nous aurons également besoin de vous.
Car le Canada est une communauté qui compte sur la grâce de chaque personne.
Que cette grâce soit une bénédiction pour nous tous.