Je suis très heureux de vous revoir, Shereen. Merci, tout le monde. C’est une salle formidable. Merci beaucoup. C’est un privilège, un vrai privilège d’être ici à Mumbai ce soir. Je tiens à remercier tous les gens dans cette salle de m’accorder de leur temps. Je remercie particulièrement le ministre en chef d’être ici. Je suis ravi d’accueillir votre délégation ici et impatient de lancer la discussion.
Ce qui s’est passé à Maharashtra au cours des dernières années, surtout au cours de la dernière décennie, nous inspire beaucoup. Nous avons tiré beaucoup de leçons sur la façon de construire des infrastructures, de développer, de bâtir de façon écologique et de reverdir.
Donc, je vais vous dire quelques mots. Je vais vous donner un peu de contexte concernant la façon dont nous voyons le monde et sur ce que cela signifie pour le Canada, ce que cela signifie pour le Canada et l’Inde, mais il y a évidemment eu des développements aujourd’hui et j’aimerais faire quelques commentaires à ce sujet.
En ce qui concerne la situation au Moyen-Orient, la position du Canada reste claire. La République islamique d’Iran est la principale source d’instabilité et de terreur au Moyen-Orient. Elle affiche l’un des pires bilans au monde en matière des droits de la personne et elle ne doit en aucun cas être autorisée à acquérir ou à mettre au point des armes nucléaires.
Le Canada et ses partenaires internationaux ont demandé à plusieurs reprises au régime iranien de mettre fin à son programme nucléaire, notamment lors du Sommet des dirigeants du G7 de 2025 à Kananaskis, Alberta, et en septembre dernier, lorsque les Nations Unies ont imposé de nouvelles sanctions.
Nous avons imposé des sanctions à plus de 250 entités iraniennes et inscrit le Corps des gardiens de la révolution islamique sur la liste des entités terroristes. Malgré les démarches diplomatiques, l’Iran n’a pas complètement démantelé son programme nucléaire, n’a pas cessé toutes ses activités d’enrichissement et n’a pas cessé de soutenir des groupes terroristes dans la région.
Le Canada est solidaire de la population iranienne dans sa longue et courageuse lutte contre le régime oppressif de l’Iran, et le Canada réaffirme le droit d’Israël de se défendre. Le Canada appuie les mesures prises par les États-Unis pour empêcher l’Iran de se doter d’une arme nucléaire et pour empêcher son régime de continuer à menacer la paix et la sécurité internationale. Le gouvernement du Canada appelle à la protection de tous les civils dans ce conflit.
Cela dit, comme je l’ai mentionné précédemment, j’aimerais replacer dans leur contexte la situation mondiale, l’état de nos relations et la direction que prend le Canada. Permettez-moi tout d’abord de réitérer à quel point je suis honoré d’être ici et ravi de me trouver au Taj, un monument emblématique qui reflète l’histoire illustre et la résilience de cette ville.
Ma visite est la première visite bilatérale d’un premier ministre du Canada depuis huit ans. Elle marque la fin d’une période difficile et, surtout, le début d’un nouveau partenariat plus ambitieux entre deux pays confiants et complémentaires.
Elle intervient toutefois à un moment où l’économie mondiale est plus instable. Une ère plus volatile se profile, dans le cadre d’un processus que nous avons qualifié de rupture plutôt que de transition. Le fait est qu’au cours des deux dernières décennies, une série de crises financières, sanitaires, énergétiques et géopolitiques ont mis en évidence les risques liés à une intégration mondiale extrême.
Plus récemment, les grandes puissances ont commencé à recourir à l’intégration économique comme moyen de pression, aux droits de douane comme levier, à l’infrastructure financière comme moyen de coercition et aux chaînes d’approvisionnement comme vulnérabilités à exploiter. Et les institutions multilatérales sur lesquelles s’appuyaient les pays, entre autres l’Organisation mondiale du commerce, les Nations Unies et la Conférence des Parties, qui constituent l’architecture même de la résolution collective des enjeux, sont menacées.
En conséquence, de nombreux pays en concluent qu’ils doivent développer une plus grande autonomie stratégique, et cette impulsion est compréhensible. Lorsque les règles ne nous protègent plus, il faut se protéger soi-même. Un pays qui ne peut pas se nourrir, s’approvisionner en carburant ou se défendre n’a que peu d’options. Mais la mise en place d’une véritable économie stratégique nécessite la diversification et le partenariat, et non l’isolement. Elle crée d’énormes possibilités de collaboration entre le Canada et l’Inde, au minimum pour limiter les risques, mais aussi pour accroître la prospérité et renforcer notre souveraineté collective.
Les gens dans cette salle savent que la sécurité économique et la prospérité de nos pays dépendent de ce que nous pourrions appeler un ensemble stratégique qui va bien au-delà des domaines conventionnels que sont l’énergie, l’alimentation et la défense, aussi importants soient-ils. Aujourd’hui, la souveraineté exige un accès fiable aux communications spatiales et aux semi-conducteurs. Elle exige un accès sans entrave à l’intelligence artificielle, aux minéraux critiques, aux technologies d’énergie propre et aux vaccins. Elle exige la souveraineté numérique, à commencer par un nuage souverain et s’étendant à l’ensemble des infrastructures de renseignement.
Le Canada a été parmi les premiers à comprendre que le système mondial était en train de changer et à modifier fondamentalement sa posture stratégique en conséquence. Nous savons maintenant que les anciennes certitudes dans lesquelles nous étions à l’aise, selon lesquelles notre situation géographique et nos alliances nous garantissaient automatiquement prospérité et sécurité, ne sont plus valables.
Par conséquent, nous adoptons une nouvelle approche que nous appelons « réalisme fondé sur les valeurs » – une approche à la fois fondée sur des principes et pragmatique. Fondée sur des principes dans notre attachement aux valeurs fondamentales, soit le respect des droits de la personne et notre responsabilité envers les générations futures. Mais pragmatique dans la reconnaissance que les progrès surviennent souvent par étapes, que les intérêts des pays peuvent diverger et que tous les partenaires ne partagent pas nécessairement toutes nos valeurs.
Nous nous engageons activement dans le monde tel qu’il est, sans attendre passivement celui que nous souhaitons voir advenir. Et nous ne comptons plus uniquement sur la force de nos valeurs, mais aussi sur la valeur de notre force. Et cette force, comme c’est le cas ici, commence chez nous.
Notre gouvernement a réduit les impôts sur les revenus, les gains en capital et les investissements des entreprises. À titre d’exemple, nous avons mis en place ce que nous appelons une superdéduction, une déduction fiscale générale de 100 % pour tout, des actifs manufacturiers aux infrastructures de renseignement, en passant par les activités de recherche et développement, les énergies propres et les véhicules électriques. De plus, nous avons instauré des crédits d’impôt à l’investissement pour les énergies propres tout au long de la chaîne de l’électricité propre, des minéraux critiques au stockage. Ces mesures réduisent notre taux d’imposition marginal effectif pour les investissements à seulement 13 %.
Permettez-moi de traduire cela en termes relatifs : c’est 4,5 points de pourcentage en dessous des États-Unis et c’est la moitié de la moyenne du G7.
Nous allégeons considérablement les formalités administratives, pour lesquelles le Canada était malheureusement réputé. Tous les grands projets seront approuvés dans un délai de deux ans, en collaboration avec les provinces et territoires. Nous avons supprimé tous les obstacles fédéraux au commerce interprovincial et nous accélérons la mise en œuvre d’investissements d’une valeur de 1 000 milliards de dollars dans les domaines de l’énergie, de l’intelligence artificielle et des minéraux critiques, dans de nouveaux corridors commerciaux et bien d’autres choses encore.
Le mois dernier, nous avons lancé notre nouvelle Stratégie industrielle de défense. Il s’agit d’un plan audacieux qui permettra de mobiliser plus de 500 milliards de dollars d’investissements au cours de la prochaine décennie. Nous doublons les investissements publics dans la recherche et le développement liés à la défense afin d’acquérir des capacités de nouvelle génération dans les domaines de l’intelligence artificielle, de la technologie quantique, de la robotique et des systèmes autonomes.
Globalement, cette stratégie renforce notre souveraineté au sens le plus large du terme. En d’autres mots, notre capacité à agir de manière indépendante dans un monde plus dangereux et plus divisé. Et je le répète : nous savons que l’autonomie stratégique ne signifie pas l’isolement. Elle signifie être suffisamment fort pour être un partenaire de choix et l’Inde est l’un de nos partenaires naturels.
Pour replacer ces partenariats dans leur contexte, nous nous diversifions rapidement à l’étranger. Nous avons conclu un partenariat stratégique global avec l’Union européenne (UE), devenant ainsi le seul pays non membre de l’UE à adhérer à l’initiative pour la sécurité en Europe, leur accord sur les marchés publics liés à la défense. En seulement 10 mois, nous avons signé 20 accords commerciaux et de sécurité sur quatre continents, y compris avec la Chine, l’Indonésie et les Émirats arabes unis. Nous négocions actuellement des accords de libre-échange avec l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est, la Thaïlande, les Philippines, le Mercosur et, bien sûr, avec l’Inde.
Par ailleurs, au-delà des menaces et loin des gros titres, nous conservons le meilleur accord commercial avec les États-Unis. Notre taux tarifaire moyen est inférieur à 5 % et plus de 85 % de nos échanges commerciaux entrent aux États-Unis en franchise de droits.
De plus, pour contribuer à résoudre les problèmes mondiaux au moment où l’ordre fondé sur des règles est menacé, nous appliquons une stratégie de géométrie variable. En d’autres termes, nous formons des coalitions autour de différentes questions en fonction de valeurs et d’intérêts communs. En matière commerciale, nous soutenons les efforts visant à établir un pont entre le Partenariat transpacifique et l’Union européenne, ce qui permettrait de créer un bloc commercial de 1,5 milliard de personnes.
En ce qui concerne les minéraux critiques, nous formons des clubs d’acheteurs afin que le monde puisse diversifier ses sources d’approvisionnement et échapper à la concentration de l’offre. En matière d’intelligence artificielle, nous coopérons avec des démocraties qui partagent nos vues pour éviter d’être finalement contraints de choisir entre des puissances hégémoniques et des fournisseurs à très grande échelle. Le Canada est à la table. Le Canada est à la table parce que nous possédons ce que le monde recherche.
Nous sommes une superpuissance énergétique. Nous disposons d’importantes réserves de minéraux critiques. Nous avons la population la plus instruite au monde. Nos fonds de pension comptent parmi les investisseurs les plus importants et les plus sophistiqués au monde, et notre gouvernement, qui bénéficie d’une cote AAA, dispose d’une immense capacité budgétaire lui permettant d’agir de manière résolue. Et si vous ne le croyez pas, le ministre des Finances vous donnera un cours d’une heure après cela.
Fondamentalement, nous adhérons à des valeurs auxquelles beaucoup d’autres aspirent. Nous formons une société pluraliste qui fonctionne, et nous sommes un partenaire stable et fiable dans un monde qui ne l’est absolument pas. Un partenaire qui établit et qui valorise les relations à long terme.
Et nous sommes ici cette semaine parce que le Canada et l’Inde sont des partenaires naturels.
Ce partenariat commence avec nos populations. Deux millions de Canadiennes et de Canadiens ont des racines indiennes, dont des chefs de file des milieux des affaires, des sciences et du gouvernement. Chaque année, des dizaines de milliers de personnes voyagent entre nos deux pays pour rendre visite à leur famille et à leurs amis. Plus de 1 000 entreprises canadiennes font déjà des affaires ici, en Inde. Quatre cent mille Indiennes et Indiens talentueux étudient au Canada. C’est deux fois plus que ceux qui étudient aux États-Unis, quatre fois plus que ceux qui étudient au Royaume-Uni. Et tout comme les étudiants indiens viennent étudier dans les universités canadiennes, les étudiants canadiens viennent en Inde.
Aujourd’hui, j’ai eu le plaisir de me joindre à Universités Canada, qui représente plus de 20 de nos meilleurs établissements, pour annoncer la signature de 13 nouveaux accords portant sur la recherche, les échanges étudiants, les campus hybrides et les centres d’excellence en intelligence artificielle.
Je salue les présidents des universités de Toronto, McGill et Dalhousie et de l’Université de la Colombie-Britannique. Il s’agit d’une formidable opportunité pour nos deux pays. Elle a déjà été extrêmement bénéfique pour nos deux pays, et elle est sur le point de passer à un niveau supérieur.
Quelques autres éléments concernant nos relations : les investissements bilatéraux entre nos pays, en investissements fixes, s’élèvent à 100 milliards de dollars, et les échanges commerciaux bilatéraux dépassent les 30 milliards de dollars par année. Mais la réalité économique est que ce niveau d’activité est loin d’atteindre notre potentiel, d’autant plus que nos deux pays se sont engagés dans des transformations ambitieuses.
Nous devons viser beaucoup plus haut, et c’est ce que nous faisons, afin d’adopter une approche plus stratégique dans notre partenariat. C’est pourquoi, l’année dernière, notre gouvernement a entrepris de renouveler nos relations avec l’Inde. J’ai invité le premier ministre Modi au Sommet des dirigeants du G7 de 2025 au Canada, et lorsqu’il est venu quelques semaines plus tard, nous avons convenu de renouer le dialogue dans les domaines de la sécurité, de l’énergie et de la technologie.
Quelques mois plus tard, lors du Sommet des dirigeants du G20 à Johannesburg, le premier ministre Modi et moi-même avons lancé un partenariat historique avec l’Australie dans le domaine des minéraux critiques et des technologies. Nous négocions actuellement un Accord de partenariat économique global dans le but de doubler les échanges commerciaux bilatéraux d’ici 2030. Notre objectif, pour être clair, est de signer cet accord d’ici la fin de l’année.
Nos ministres des Affaires étrangères se sont rencontrés cinq fois en cinq mois. La ministre Anand est ici ce soir. Notre ministre de l’Environnement, notre ministre du Commerce et notre ministre de l’Intelligence artificielle ont tous dirigé des délégations en Inde. Je suis accompagné d’eux, du ministre des Finances, du chef de notre fonction publique et des premiers ministres du Nouveau-Brunswick et de la Saskatchewan, afin de donner une idée de l’étendue et de la profondeur de cette relation, ainsi que de l’ampleur des possibilités qu’elle offre. Et merci, Monsieur le Premier Ministre Moe et Madame la Première Ministre Holt, pour votre leadership et pour votre présence aujourd’hui.
Notre visite est axée sur les principaux domaines dans lesquels nous pouvons collaborer afin d’accroître la souveraineté, le choix et la prospérité de nos populations. Cela commence naturellement par l’alimentation et l’énergie, étant donné la position du Canada en tant que superpuissance alimentaire et énergétique. Je vais vous donner quelques exemples. Le gaz naturel liquéfié – nous avons l’intention d’augmenter notre capacité d’exportation vers l’Asie de 50 millions de tonnes au cours des prochaines années. Cette expansion s’étend à la coopération nucléaire, depuis notre rôle de fournisseur d’uranium le plus fiable à long terme jusqu’à la construction de réacteurs à grande échelle et de petits réacteurs modulaires.
Nous pourrions également être le partenaire stratégique de l’Inde dans le domaine des minéraux critiques et des métaux pour votre industrie manufacturière, vos technologies propres et vos industries nucléaires. D’autre part, l’Inde peut nous aider à doubler notre réseau électrique propre d’ici 2040.
Enfin, le leadership de l’Inde dans le domaine de l’intelligence artificielle et de l’économie numérique s’inscrit parfaitement dans notre mission qui consiste à développer et à commercialiser ces technologies ainsi que celles liées à l’informatique quantique et, comme je l’ai dit précédemment, à accroître notre innovation en matière de défense.
Mes amis, le Canada a une vision claire du monde tel qu’il est, et nous sommes tout aussi déterminés à y tracer une nouvelle voie. Nous sommes un pays confiant et ambitieux, et cette confiance et cette ambition nous amènent ici, en Inde. Pour poser des fondations et les consolider; des fondations qui ont été posées par des dizaines de millions de citoyennes et de citoyens dans nos deux pays. Pour travailler ensemble à la création d’un avenir plus résilient, plus prospère et plus juste pour nos populations.
Au moment où les communautés du Canada et de l’Inde s’apprêtent à célébrer Holi dans quelques jours, nos relations bilatérales entrent également dans une nouvelle phase, incarnant le dynamisme de cette fête et ses valeurs de renouveau et d’opportunité. Merci de votre présence. Merci de participer à ce renouveau. Je suis impatient d’entreprendre la discussion et de répondre à vos questions.