Merci, Bob et Nader. Et merci à l’Economic Club of New York de m’avoir invité.
Le Canada est un pays fièrement bilingue; je commencerai donc par quelques mots en français, puis je poursuivrai en anglais.
Le monde a changé. En conséquence, le Canada se concentre sur ce qu’il peut contrôler : consolider nos forces au pays et diversifier nos partenariats à l’étranger.
À cette fin, nous mobilisons 1 000 milliards de dollars d’investissements au Canada au cours des cinq prochaines années – dans l’énergie, les transports, les données et la défense.
Des investissements qui permettront de bâtir une économie canadienne plus forte, plus concurrentielle et plus résiliente.
Pendant que nous consolidons nos forces, il existe plusieurs occasions que le Canada et les États-Unis devraient saisir pour collaborer et concurrencer ensemble le reste du monde.
Le moment est venu d’établir un nouveau partenariat qui redéfinira la relation économique entre nos deux pays.
La dernière fois que j’ai pris la parole devant vous, j’ai parlé de la crise financière que nous venions de traverser et du Brexit qui se profilait à l’horizon.
Avec le recul, on se rend compte que c’était une époque plutôt sereine.
Aujourd’hui, le monde connaît une rupture.
Sous l’impulsion des États-Unis, les changements technologiques s’accélèrent.
Les États-Unis sont en train de transformer l’ensemble de leurs relations commerciales.
Le monde est de plus en plus divisé et dangereux.
Le Canada a été l’un des premiers à prendre conscience de cette évolution, et notre réponse traduit la principale leçon que nous avons tirée de ces bouleversements :
Nous devons prendre soin de nous-mêmes et rester fidèles à ce que nous sommes.
Pour prendre soin de nous-mêmes, il nous faut consolider notre force à l’intérieur de nos frontières et diversifier nos partenariats à l’étranger.
Ainsi, au cours de notre première année au pouvoir, nous avons réduit les impôts sur le revenu, les gains en capital et les nouveaux investissements des entreprises. Nous avons instauré la superdéduction à la productivité qui fait du Canada le pays du G7 offrant le taux d’imposition le plus avantageux pour les nouveaux investissements, soit la moitié de la moyenne du G7 et quatre points de pourcentage de moins qu’aux États-Unis.
Nous allons mobiliser 1 000 milliards de dollars d’investissements au Canada au cours des cinq prochaines années – dans l’énergie, les transports, les données et la défense.
Nous avons adopté les réformes de la réglementation les plus importantes depuis des générations afin d’accélérer la réalisation de projets d’infrastructure d’intérêt national totalisant plusieurs centaines de milliards de dollars.
Nous réalisons pleinement notre potentiel en tant que superpuissance énergétique.
D’ici 2030, le Canada exportera annuellement près de 50 millions de tonnes de GNL. Et d’ici 2040, cette capacité aura doublé.
Nous travaillons également à l’élaboration d’un projet d’oléoduc qui acheminerait chaque jour au moins un million de barils de pétrole à faible émission de l’Alberta vers les marchés asiatiques, tout en créant une nouvelle industrie de captage et de stockage du carbone à grande échelle.
Nous construisons le premier petit réacteur modulaire opérationnel du G7 et renforçons notre production d’uranium, qui est la plus importante au monde.
Dans la dernière année, nous avons conclu 56 accords sur les minéraux critiques avec plus de dix pays, mobilisant ainsi plus de 18 milliards de dollars de capitaux, ce qui nous permet de réduire notre dépendance à l’égard des pays étrangers qui contrôlent des chaînes d’approvisionnement stratégiques.
Nous sommes en train de doubler notre réseau électrique, en misant sur l’électricité la moins chère du G7 et la deuxième moins polluante des pays de l’OCDE.
Voilà ce à quoi ressemble une superpuissance énergétique lorsqu’elle décide d’agir à ce titre.
Parallèlement, nous diversifions nos partenariats à l’étranger.
Nous avons conclu plus de 20 accords économiques et de sécurité sur les cinq continents en douze mois.
Nos accords de libre-échange actuels nous assurent déjà l’accès à 1,5 milliard de consommateurs, de l’Union européenne jusqu’aux pays signataires de l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste. Nous sommes désormais en voie de doubler ce marché cible cette année grâce à de nouveaux accords avec l’Inde, l’ANASE, le Mercosur, la Thaïlande et les Philippines.
Nous sommes le seul membre non européen du mécanisme SAFE, l’initiative de l’Union européenne en matière d’approvisionnement de défense.
Notre objectif principal dans le cadre de ces partenariats est de renforcer notre autonomie stratégique.
Car nous vivons dans un monde où l’intégration est devenue une arme.
Parce qu’un pays qui ne peut pas s’alimenter, se propulser ou se défendre par lui-même n’est pas véritablement souverain.
Parce que, de nos jours, l’autonomie stratégique veut aussi dire d’établir des partenariats à l’égard de capacités dans les secteurs de l’intelligence artificielle, des paiements, de l’espace, des minéraux critiques et de l’énergie propre.
Nous progressons parce que le Canada a beaucoup de ce que le monde veut, que l’on pense à l’énergie, aux minéraux critiques, aux principaux aspects de l’aérospatiale, aux cybercapacités, à l’intelligence artificielle ou aux technologies quantiques. Nos caisses de retraite comptent parmi les investisseurs en infrastructure les plus expérimentés dans le monde. Et nos banques, parmi les plus résilientes.
Nous progressons, également, parce que notre réputation – celle d’un partenaire fiable et prévisible – a rarement été aussi précieuse dans un monde où les transactions remplacent les relations.
Nous avons le privilège d’avoir une abondance d’atouts au Canada, mais nous avons acquis le plus important : la confiance.
Ce qui m’amène à parler de l’importance d’être fidèle à soi-même. Fidèle à nos valeurs qui consistent à s’occuper les uns des autres et à respecter nos responsabilités face à nos alliés.
Les Canadiennes et les Canadiens s’occupent les uns des autres en gardant toute leur attention sur le coût de la vie. En offrant à tous des services de garde, des soins de santé et une éducation. En construisant des logements abordables à grande échelle.
Le Canada fait maintenant sa part de l’effort à l’étranger. Pour la première fois depuis la chute du mur de Berlin, nous atteignons nos cibles de l’OTAN. Nous avons déjà intégré à notre cadre budgétaire une trajectoire vers 4 % du PIB d’ici 2030 et nous sommes en voie d’atteindre la cible de 5 %, le tout conformément au calendrier établi par l’OTAN.
Nous avons lancé notre première Stratégie industrielle de défense, qui permettra de mobiliser 500 milliards de dollars en investissements au cours de la prochaine décennie – et s’appuiera sur les atouts canadiens dans les secteurs de l’aérospatiale, de la construction navale, de l’intelligence artificielle, des cybercapacités et des technologies quantiques.
Nous dirigeons la brigade multinationale de l’OTAN sur les lignes de front en Lettonie.
Le Canada est l’un des plus importants donateurs par habitant à l’Ukraine dans le cadre de la Coalition des volontaires. Nous défendons ainsi la liberté, la démocratie, l’intégrité territoriale et les droits de la personne contre l’agression criminelle russe.
L’issue de cette guerre ne fait aucun doute. La seule inconnue est l’ampleur de la souffrance humaine insensée qui sera infligée avant que la Russie et ceux qui la soutiennent acceptent l’inévitable.
Nous agissons pour protéger la souveraineté de notre Arctique. Nous le faisons en intensifiant la coopération avec les pays nordiques, l’Allemagne et le Royaume-Uni, et aussi en travaillant au sein de l’OTAN pour faire de la sécurité arctique la priorité qu’elle devrait être.
De fait, dans la dernière année, nous avons rapidement construit de nouveaux centres opérationnels militaires, un radar transhorizon et des sous-marins. De plus, nous avons développé notre flotte de brise-glace, l’une des plus importantes au monde.
Nous sommes à la tête de la création d’une nouvelle institution multilatérale : la Banque de la défense, de la sécurité et de la résilience, qui financera à long terme et à faible coût des projets en matière de défense et de résilience dans les pays de l’OTAN.
Être fidèle à nos valeurs, c’est aussi de continuer à investir dans les biens publics mondiaux, dans le financement climatique et du développement, même si d’autres s’en désengagent totalement. C’est aussi de contribuer à l'établissement d'un énorme pacte commercial entre l’Union européenne et les pays signataires de l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste, afin de jeter un pont permettant d’étendre l’empreinte du commerce fondé sur des règles.
Nous ne faisons que commencer, mais les premiers résultats sont encourageants.
Le Canada devrait connaître la deuxième croissance la plus rapide parmi les pays du G7 cette année et l’année prochaine.
Nous avons déjà la situation financière la plus solide du G7, un avantage que nous consolidons en réduisant notre fonction publique fédérale de 10 % et nos dépenses liées aux consultants de 20 % et en faisant passer la croissance annuelle des dépenses de fonctionnement de plus de 8 % à moins de 2 %.
Nos exportations vers des pays autres que les États-Unis montent en flèche et devraient doubler au cours des dix prochaines années.
Nous attirons deux fois plus d’investissements étrangers que le pays du G7 qui se rapproche le plus de nous.
Et, maintenant, le Canada est devenu le pays le plus attrayant au monde pour les investissements en infrastructure.
Le président de la Finlande, Alex Stubb, a fait remarquer que les gens ont tendance à faire systématiquement trois choses : rationaliser à l’excès le passé, dramatiser à outrance le présent et sous-estimer l’avenir.
Avec le recul, la voie à suivre pour sortir de la crise financière mondiale et la bonne façon de réagir au Brexit semblent évidentes. Mais j’ai moi-même participé aux discussions sur ces deux dossiers et je peux vous dire que rares étaient ceux qui avaient discerné ces solutions à l’époque – et encore plus rares ceux qui ont eu le courage de leurs convictions pour les mettre en œuvre.
Le brouillard et la peur qui règnent en temps de crise sont bien réels. C’est toujours le cas.
La réponse adéquate à la rupture mondiale actuelle est plus évidente qu’on pourrait le croire.
En temps de crise, la chance sourit toujours aux audacieux.
Le Canada l’a compris très tôt. Nous avons compris que le monde avait changé. Nous savons que la nostalgie n’est pas une stratégie.
C’est pourquoi nous nous concentrons sur ce que nous pouvons contrôler : bâtir notre pays et tisser un vaste réseau de partenariats internationaux.
Ainsi, nous contribuons à rendre notre pays bien plus fort, plus résilient et plus indépendant.
C’est avant tout une bonne chose pour l’ensemble de la population canadienne, mais aussi pour les États-Unis, car cela fait de nous un meilleur allié.
Nous savons que, même si le Canada et les États-Unis ont eu des différends au fil des ans, nous avons toujours réussi à les surmonter, car nos valeurs et nos intérêts communs sont bien ancrés.
Ils imprègnent nos économies. Le Canada est le premier client des États-Unis : il achète plus de biens que la Chine, le Japon et l’Allemagne réunis.
Ils imprègnent aussi nos chaînes d’approvisionnement, où 70 % des exportations canadiennes servent de composants pour les voitures, les logements, les avions, les machines et les produits finis américains, générant ainsi des centaines de milliards de dollars de valeur ajoutée aux États-Unis.
Enfin, ils imprègnent notre partenariat en matière d’énergie, dans le cadre duquel, en cette période de crise énergétique mondiale, le Canada fournit aux États-Unis l’électricité et les minéraux critiques qui contribuent à alimenter la croissance américaine : 99 % des importations de gaz naturel, 85 % des importations d’électricité et 60 % des importations de pétrole brut des États-Unis.
Il s’agit là d’un atout commun.
Un Canada fort contribuera à redonner sa grandeur à l’Amérique.
D’innombrables occasions s’offrent à nous de collaborer et de concourir ensemble sur la scène internationale. À cet égard, nous avons présenté des arguments concrets et précis à l’administration américaine.
Prenons l’exemple de l’aluminium : c’est de l’électricité sous forme de lingots. Les exportations canadiennes d’aluminium vers les États-Unis représentent l’équivalent énergétique de dix (10) barrages Hoover. Compte tenu des besoins énergétiques croissants des États-Unis, est-il judicieux de construire les installations nécessaires pour produire les gigawatts qui permettront de remplacer le Canada?
En ce qui concerne les automobiles, le Canada est le premier client des États-Unis. De plus, un marché nord-américain intégré pour la production d’automobiles constitue le moyen le plus efficace et le plus durable de faire face à une concurrence mondiale féroce.
Il y a aussi les minéraux critiques. Grâce à ses riches gisements de potasse, de nickel, de cuivre et d’uranium, le Canada peut être le fournisseur le plus fiable dont les États-Unis ont besoin pour réduire le coût de la nourriture, renforcer leur défense nationale et répondre à l’essor de la demande en ressources nécessaires au fonctionnement de l’intelligence artificielle.
Il ne faut pas sous-estimer l’avenir.
Alors que les États-Unis s’apprêtent à fêter leur 250e anniversaire, ils s’imposent comme le pays le plus dynamique, le plus résilient et le plus inventif que le monde ait jamais connu, un pays dont les valeurs fondatrices – liberté, démocratie, justice et ouverture – devraient continuer à guider son avenir et celui du reste du monde.
Cet avenir devrait inclure un nouveau partenariat avec le Canada.
Un véritable partenariat qui redéfinit la coopération dans les secteurs confrontés à une concurrence mondiale acharnée.
Un partenariat avec un Canada différent. Un Canada plus fort. Un Canada plus confiant.
Un pays qui applique les leçons qu’il a tirées des crises du passé.
Un pays qui exploite pleinement son immense potentiel.
Un pays qui a conclu des dizaines de nouveaux partenariats internationaux parce qu’il croit en l’ouverture.
Un pays prévisible, fiable et attaché à ses principes, dans un monde qui ne l’est pas du tout.
Je suis impatient d’aborder ces questions avec vous.