Transcription - Le premier ministre Carney lance la Stratégie nationale de sécurité alimentaire du Canada
Le premier ministre Carney lance la Stratégie nationale de sécurité alimentaire du Canada
Je suis ravi d’être de retour à Etobicoke. James, je vais abonder dans ce sens : ce n’est pas forcément la meilleure circonscription du pays. Évidemment, nous avons tous notre propre circonscription – Nepean pour moi –, mais mon frère vit à Etobicoke. J’ai passé beaucoup de temps ici au fil des décennies. C’est un endroit formidable, et vous le rendez encore meilleur, mais c’est, à bien des égards, le cœur d’Etobicoke et, comme vous le dites, le lien avec les foyers de toute la région du Grand Toronto et au-delà. Je suis un peu préoccupé par le fait que nous sommes ici, au Marché des produits alimentaires de l’Ontario, assez tard dans la journée, car quand on est ici à 2 h 30 du matin, 17 h, c’est déjà tard, et on va bientôt devoir revenir ici. Alors, Ron, merci. Je tiens également à remercier John Franco de nous avoir accueillis, ainsi que toutes les personnes ici présentes pour le travail que vous faites chaque jour.
Depuis plus de 70 ans, le Marché des produits alimentaires de l’Ontario occupe une place centrale dans la chaîne alimentaire de la province. Surnommé « la bourse », le Marché met en relation 5 000 acheteurs et vendeurs avec des exploitations agricoles de tout l’Ontario. Il est le plus grand marché de produits alimentaires au Canada et le quatrième en importance en Amérique du Nord, assurant la circulation de plus de 2 milliards de livres de fruits et de légumes chaque année. C’est là que nous entrons dans le vif du sujet que nous allons aborder aujourd’hui, car notre vision est que ce marché, une fois agrandi, ainsi que d’autres marchés comme celui-ci joueront un rôle de plus en plus important dans la mise en place d’un système alimentaire plus fort et plus résilient et dans la construction d’un Canada plus fort et plus résilient. Car la capacité à acheminer les denrées alimentaires de manière efficace et abordable n’est pas seulement un avantage économique – c’est une nécessité stratégique.
Le monde change rapidement. Les guerres au Moyen-Orient et en Ukraine transforment les chaînes d’approvisionnement en énergie, en sécurité et en alimentation. En parallèle, le commerce mondial est en pleine mutation. Les changements technologiques s’accélèrent, les changements climatiques s’aggravent et les fonds publics manquent à l’appel.
Les Canadiennes et les Canadiens ont tiré quelques leçons importantes au cours des 18 derniers mois. Tout d’abord, nous devons prendre soin les uns des autres. C’est pourquoi notre gouvernement a réduit les impôts sur le revenu, le logement et les investissements. Nous avons rendu permanent le Programme national d’alimentation scolaire. Nous avons mis en place la nouvelle Allocation canadienne pour l’épicerie et les besoins essentiels afin d’apporter un soutien à plus de 12 millions de Canadiennes et de Canadiens, qui ont reçu leur premier versement la semaine dernière. De plus, nous gérons les finances du pays de sorte que nous puissions renforcer nos programmes sociaux essentiels, qu’il s’agisse des soins de santé, des services de garde, des soins dentaires ou de l’assurance-médicaments. Ensuite, les Canadiennes et les Canadiens ont compris que nous pouvons nous donner bien plus que ce que les autres peuvent nous enlever. C’est pourquoi nous bâtissons une économie canadienne plus forte, plus résiliente et plus indépendante.
Par exemple, grâce à notre nouvelle stratégie en matière d’IA – L’IA pour tous –, nous construisons des centres de données qui vont nous permettre de renforcer notre souveraineté numérique. Grâce à notre Stratégie industrielle de défense, nous privilégions les fournisseurs et les matériaux canadiens pour rebâtir les Forces armées canadiennes et réduire notre dépendance à l’égard des fournisseurs étrangers. Et grâce au Bureau des grands projets et à notre Stratégie d’électrification, nous renforçons notre capacité de production d’électricité propre, abordable et fiable pour être moins vulnérables à l’instabilité des marchés mondiaux.
Grâce à ces mesures, nous consolidons notre force au pays, notre but premier étant de passer de la dépendance à la résilience, car un pays qui ne peut subvenir à ses propres besoins alimentaires, énergétiques ou de défense n’est pas véritablement un pays souverain. C’est un pays vulnérable aux bouleversements mondiaux, aux perturbations de la chaîne d’approvisionnement et aux droits de douane. Alors, pour protéger notre souveraineté et prendre notre avenir en main, nous devons prendre le contrôle de notre système alimentaire. Nous partons d’une position de force. Un Canadien sur neuf a un emploi grâce à la vigueur de notre secteur agroalimentaire – un sur neuf. Nous figurons parmi les plus grands exportateurs mondiaux de produits agroalimentaires. Les ventes annuelles de nos agriculteurs, de nos éleveurs et de nos producteurs à l’étranger s’élèvent à plus de 100 milliards de dollars. Nous sommes le plus grand producteur de canola au monde et représentons près d’un quart de l’offre mondiale. Nous devons cela au travail remarquable qu’accomplissent nos agriculteurs à l’échelle du pays, en particulier dans les Prairies, en Alberta, en Saskatchewan et au Manitoba. Ces agriculteurs profitent déjà de l’accord commercial historique que nous avons conclu avec la Chine, lequel a permis de réduire les droits de douane sur le canola canadien plus tôt cette année, juste à temps pour la période des semis. Nous figurons parmi les principaux exportateurs mondiaux de blé et nous sommes à l’origine d’environ 40 % des exportations mondiales de lentilles. Nous sommes de grands (inaudible).
Tout cela pour dire que nous sommes une superpuissance agricole. Pourtant, la plupart des Canadiennes et des Canadiens n’en ressentent pas les effets à la caisse. Les prix des produits alimentaires ont augmenté de près de 35 % depuis 2019. Aujourd’hui, une famille canadienne moyenne consacre environ 10 000 dollars par an à l’épicerie, soit plus de 800 dollars par mois. Nous avons notamment cherché à comprendre les causes structurelles de ce phénomène. Il y en a plusieurs. L’une d’elles est que, même si les agriculteurs, les éleveurs et les producteurs canadiens produisent d’énormes quantités d’aliments, nous dépendons d’autres pays pour en transformer une grande partie. Par ailleurs, nos saisons de croissance sont trop courtes pour répondre à la demande tout au long de l’année. Et nous dépendons toujours d’autres pays pour nos aliments essentiels : près de 90 % de nos fruits frais et de nos noix sont importés, tout comme plus de 70 % de nos légumes. En raison de cette dépendance excessive à l’égard des marchés étrangers, les effets des bouleversements mondiaux, qu’il s’agisse d’un conflit à l’étranger, d’une sécheresse ou d’une hausse des droits de douane, sont ressentis directement dans les épiceries partout au Canada. Et 75 % de ces épiceries appartiennent aux cinq mêmes grands détaillants. Ces détaillants dominent les chaînes d’approvisionnement, ce qui laisse aux épiciers indépendants moins de choix et des coûts plus élevés. Trop souvent, ces épiciers sont contraints d’acheter leurs produits auprès de concurrents plus importants à des prix majorés, des coûts qui sont finalement transférés aux consommateurs canadiens. C’est pour ça que vous payez souvent plus cher quand vous allez à l’épicerie du coin. Ça veut aussi dire que nos agriculteurs, qui travaillent fort, quand ils viennent ici, à moins qu’ils n’arrivent vraiment ici à deux heures du matin… Enfin, il n’y a pas suffisamment d’acheteurs en gros qui se disputent les produits de nos agriculteurs. Il en résulte que, malgré la grande puissance agricole du Canada, les coûts d’épicerie au Canada restent plus chers qu’ils ne devraient l’être.
Le Canada a besoin d’une nouvelle stratégie, une stratégie qui va lui donner plus de choix, plus de contrôle et qui va faire une plus grande place au Canada. Une stratégie qui ouvre le marché aux détaillants indépendants et qui amène plus d’épiceries à tenter d’attirer les familles canadiennes en leur proposant des produits de meilleure qualité à prix plus bas, et une stratégie qui, en retour, va nous aider à cultiver, à transformer et à vendre des aliments ici même chez nous, et à réduire notre dépendance envers d’autres pays.
Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’annoncer que le Canada lance sa première Stratégie nationale de sécurité alimentaire. Dotée d’un budget de plus de 3 milliards de dollars, cette stratégie prévoit des mesures et des investissements ciblés visant à résoudre les problèmes de notre système alimentaire, afin de contribuer à la mise en place d’une chaîne d’approvisionnement alimentaire plus abordable, plus durable et plus résiliente au Canada. Je parle ici de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. Cette stratégie comporte quatre objectifs. Tout d’abord, stimuler la concurrence entre les épiceries et offrir plus de choix à la population canadienne. Deuxièmement, augmenter la production alimentaire au Canada. Troisièmement, cultiver davantage de fruits et de légumes à l’année au Canada. Et, enfin, faire baisser les prix en supprimant les obstacles coûteux liés à la réglementation pour que les agriculteurs et les producteurs puissent plus facilement mettre davantage de produits alimentaires canadiens sur les tablettes. En quatre ans, notre stratégie va permettre d’augmenter de 15 % le nombre d’épiciers indépendants qui s’approvisionnent auprès de marchés de produits alimentaires ou de carrefours alimentaires…
(Applaudissements)
Et de 25 % les ventes d’aliments locaux provenant de petits et moyens producteurs. Nous nous fixons donc des objectifs précis et nous réalisons les investissements nécessaires pour les atteindre. Grâce à notre stratégie, le gouvernement va d’abord accroître l’offre et stimuler la concurrence au Canada. Nous consacrerons un milliard de dollars sur dix ans à la création d’un nouveau Fonds de liaison alimentaire. À commencer par ici, au Marché des produits alimentaires de l’Ontario, ce fonds permettra de moderniser les terminaux alimentaires actuels et de lancer la construction de deux nouveaux terminaux d’ici la fin de 2028.
Et si je peux me permettre, je voudrais prendre un instant pour saluer le ministre Jones, Trevor Jones, de l’Ontario : la collaboration avec l’Ontario sur certains aspects de ce dossier sera essentielle, et je tiens à vous remercier, ainsi que le premier ministre Ford, pour votre leadership à cet égard. Nous créerons également jusqu’à 40 nouveaux carrefours alimentaires commerciaux partout au pays, ce qui rendra les aliments plus accessibles sur le marché.
(Applaudissements)
Cela réduira également les coûts de distribution et aidera les Canadiennes et les Canadiens à réaliser des économies sur leurs achats, tout en ayant accès à des aliments canadiens de qualité. Nous allons aussi veiller à ce qu’il y ait de la concurrence dans ce secteur. Nous allons accorder davantage de ressources au Bureau de la concurrence afin qu’il puisse mieux repérer, prévenir et combattre les pratiques commerciales déloyales. Pour aider les consommateurs, nous allons lutter contre la tarification fondée sur la surveillance, en modifiant la Loi sur la protection des renseignements personnels afin de protéger les données des consommateurs – vos données –, de sorte que les entreprises ne puissent plus s’en servir pour vous facturer des prix plus élevés.
Notre deuxième grand objectif : augmenter la production alimentaire intérieure partout au Canada. Depuis des décennies, nous payons d’autres pays pour transformer les produits que nous avons déjà pour répondre à nos besoins. Prenons l’exemple de la Thaïlande – un superbe pays que je vous recommande de visiter. Nous aimons la Thaïlande. Environ 70 % de ce que nous exportons vers ce pays – notre blé, notre soya et nos pois – y est transformé avant d’être réexporté vers les marchés mondiaux et, parfois, à nous-mêmes. En réalité, nous dépensons des centaines de millions de dollars pour envoyer nos denrées alimentaires à l’étranger afin qu’elles y soient transformées, alors que cette transformation pourrait se faire chez nous. Pour aider les entreprises canadiennes à produire et à transformer davantage de denrées alimentaires au Canada, nous allons mettre en place un nouveau fonds d’un milliard de dollars par l’intermédiaire de Financement agricole Canada. Nous mettrons également en place un Fonds pour la sécurité alimentaire de 150 millions de dollars pour aider les petites et moyennes entreprises à moderniser leurs installations essentielles afin qu’elles puissent accroître leur capacité de production, d’entreposage, de distribution d’aliments canadiens. Nous lancerons aussi le Fonds pour le financement de projets agroalimentaires de 100 millions de dollars pour aider les producteurs à diversifier leurs activités de transformation pour mieux mettre à profit toutes les possibilités offertes par leurs récoltes, parce que le Canada dispose des talents et des ressources nécessaires. Et nous renforçons aujourd’hui nos capacités.
Notre troisième objectif : produire davantage de fruits et de légumes à l’année. Cela nécessitera un certain investissement en capital, alors nous allons investir 750 millions de dollars dans les serres et la culture hydroponique afin d’accroître considérablement la capacité du Canada à produire des fruits et légumes frais toute l’année. Cela comprend un investissement de 100 millions de dollars visant à aider les communautés du Nord et rurales à produire davantage de produits alimentaires localement grâce à des fermes intérieures à petite échelle, et à réduire leur dépendance à l’égard des livraisons coûteuses depuis des régions situées à des milliers de kilomètres.
Enfin, la nouvelle Stratégie nationale de sécurité alimentaire fera baisser le prix de vos aliments en réduisant les formalités administratives tout au long de la chaîne d’approvisionnement agricole. Parce que, à l’heure actuelle, et il s’agit ici d’un secteur très novateur, les agriculteurs et les producteurs attendent souvent des années pour obtenir les autorisations nécessaires à l’utilisation des pesticides, des engrais et des semences dont ils ont besoin pour cultiver et produire efficacement des aliments. Alors, pour bâtir le système alimentaire que méritent les Canadiennes et les Canadiens, nous devons éliminer les obstacles que nous nous imposons. Nous allons moderniser les principaux règlements afin que la sécurité alimentaire et l’abordabilité soient prises en compte au même titre que la sécurité. Nous allons accélérer les processus d’approbation pour les semences, les aliments pour animaux, les engrais et les produits vétérinaires, et réduire les arriérés qui ralentissent le système. Grâce à notre approche, nous éliminerons les arriérés de l’Agence canadienne d’inspection des aliments et ceux relatifs à l’approbation des pesticides – des arriérés quand même importants – d’ici la fin de l’année, ce qui rendra les décisions plus rapides et plus prévisibles.
En somme, cette stratégie vise à transformer nos systèmes alimentaires grâce à des changements structurels de grande envergure, soutenus par des investissements massifs. Et certains des résultats les plus importants prendront du temps à se concrétiser. C’est pourquoi nous donnons aujourd’hui un coup de pouce aux Canadiens et Canadiennes, et leur offrons un pont vers l’avenir. Nous avons temporairement suspendu la taxe fédérale sur le carburant afin de faire économiser jusqu’à 10 cents le litre jusqu’à la fête du Travail. Nous avons déjà réduit l’impôt pour 22 millions de Canadiens de la classe moyenne, et grâce à la nouvelle Allocation canadienne pour l’épicerie et les besoins essentiels, 12 millions de Canadiens et Canadiennes ont reçu leur premier versement la semaine dernière, soit jusqu’à 533 $ pour une famille de quatre personnes.
Permettez-moi donc de conclure en vous disant ceci : la souveraineté d’un pays repose sur sa capacité à assurer son approvisionnement alimentaire, à subvenir à ses besoins énergétiques et à se défendre. Or, à l’heure actuelle, nous ne maîtrisons pas pleinement notre propre système alimentaire. Notre dépendance excessive à l’égard des fournisseurs étrangers nous rend vulnérables aux perturbations mondiales, qu’il s’agisse de conflits dans le monde, de sécheresses ou de droits de douane. Cette stratégie vise à changer la donne. Elle vise à redonner aux Canadiennes et aux Canadiens le contrôle sur ce que nous cultivons, achetons et mettons sur nos tables. Nous offrirons beaucoup plus de possibilités aux agriculteurs. Nous stimulerons dans une large mesure la concurrence chez les détaillants. Et nous offrirons beaucoup plus de choix aux familles canadiennes. Nous cultiverons davantage au pays, nous transformerons davantage nos produits – chez nous – et nous nourrirons les Canadiennes et les Canadiens avec davantage d’aliments canadiens. Nous bâtissons un Canada qui n’est pas seulement fort, mais aussi bon. Non seulement prospère, mais aussi équitable et abordable. Un Canada qui n’est pas réservé à quelques-uns, la plupart du temps, mais qui est pour l’ensemble des Canadiennes et des Canadiens, en tout temps. Notre nouvelle Stratégie nationale de sécurité alimentaire permettra de créer un système alimentaire fort et stable au Canada – de la ferme à l’épicerie, jusqu’à la table. Sur ce, le ministre et moi vous remercions de votre attention. Je serai heureux de répondre à vos questions.