Bonjour. Merci, Doug.
Il y a trois mois, ici même à Halifax, nous avons annoncé que le Canada avait atteint l’objectif de 2 % fixé par l’OTAN en matière de dépenses militaires pour la première fois depuis la chute du mur de Berlin.
Comme je l’avais mentionné à ce moment-là, il ne s’agit pas d’un plafond pour les investissements du Canada en matière de défense, mais bien d’un point de départ. Dans un monde plus dangereux et plus divisé, le Canada doit redoubler d’efforts pour se défendre, assurer sa souveraineté et soutenir ses Alliés.
Aujourd’hui, nous misons sur cette fondation pour devenir plus forts, plus indépendants et plus prospères.
Les certitudes qui guidaient notre approche de la défense et de la sécurité depuis des décennies sont aujourd’hui ébranlées.
L’histoire revient en force.
Nous sommes confrontés à des menaces nombreuses et croissantes, allant des incursions dans notre Arctique à des attaques dans le cyberespace.
La nature de la guerre évolue rapidement, sous l’effet de la prolifération des drones, des systèmes autonomes et des missiles hypersoniques.
Le monde a changé et le Canada doit s’adapter.
Nulle part l’enjeu n’est-il plus évident que dans nos mers et dans l’Arctique canadien.
L’Arctique canadien joue désormais un rôle essentiel sur le plan de la sécurité, tant celle de l’Amérique du Nord que celle du flanc ouest de l’OTAN.
Nos mers gelées s’ouvrent de plus en plus, ce qui apporte de nouvelles menaces et de nouvelles possibilités.
Les navires commerciaux peuvent transiter de plus en plus souvent par nos eaux, ce qui raccourcit les trajets entre les continents et nous relie aux plus grands marchés mondiaux.
Les alliés du Canada comptent sur nos ressources pour assurer la sécurité de leurs chaînes d’approvisionnement.
Les régimes autoritaires s’affirment de plus en plus. Les équilibres au sein des alliances traditionnelles sont en train de changer. Les puissances moyennes, y compris le Canada, cherchent à accroître leur autonomie stratégique en nouant des partenariats avec des pays aux vues similaires.
Nous devons faire face à la réalité des changements climatiques et à celle du nouveau contexte géopolitique.
Comme notre pays est bordé par trois océans et doté du plus long littoral du monde, sa souveraineté dépend de ses capacités maritimes. Je tiens à rendre hommage aux femmes et aux hommes de la Marine royale canadienne qui jouent un rôle de premier plan à cet égard.
Nous devons leur fournir l’équipement, les outils et les moyens nécessaires pour qu’ils puissent accomplir leur travail.
Tout d’abord, nous devons savoir ce qui se trouve à l’intérieur, au-dessus et en dessous de notre vaste territoire. C’est pourquoi nous investissons dans une nouvelle flotte d’avions de patrouille P-8 Poseidon et dans une nouvelle capacité de radar transhorizon dans l’Arctique.
Ensuite, nous devons être en mesure de défendre ces eaux. C’est pourquoi notre gouvernement fabrique actuellement 15 destroyers de la classe Fleuves et rivières ainsi qu’une nouvelle flotte de brise-glaces polaires lourds et de navires de patrouille de l’Arctique.
Et c’est la raison pour laquelle nous sommes ici aujourd’hui : pour annoncer un investissement ambitieux dans notre capacité sous-marine.
Les sous-marins peuvent patrouiller sans être détectés, empêcher les adversaires d’accéder à notre territoire, recueillir des renseignements et projeter notre puissance dans des zones où aucun autre appareil ne peut opérer aussi efficacement.
Depuis des décennies, le service sous-marinier du Canada s’acquitte de ces responsabilités avec brio.
Toutefois, nos sous-marins de la classe Victoria arrivent à la fin de leur durée de vie opérationnelle. Seul l’un de ces quatre sous-marins est encore en état de naviguer, une capacité insuffisante pour assurer une présence crédible sur plus d’une de nos trois côtes à la fois.
Les marins qui servent à bord de ces appareils ont déployé des efforts extraordinaires pour maintenir cette capacité essentielle pour le Canada. Cependant, le dévouement à lui seul ne suffit pas à remplacer la modernisation.
Aujourd’hui, dans le cadre de notre engagement à défendre le Canada et à soutenir nos Alliés, j’ai le plaisir d’annoncer que le Canada a retenu la société Thyssenkrupp Marine Systems (TKMS) comme fournisseur privilégié pour le Programme de sous-marins canadiens de patrouille.
Nous allons désormais entamer des négociations en vue d’acquérir jusqu’à 12 sous-marins.
Il s’agit d’un processus délicat sur le plan commercial. Nous ne mènerons aucune négociation publique, afin de placer le Canada dans la position la plus forte possible. Ce que je peux dire aujourd’hui, c’est que nous avons déjà prévu l’achat de ces sous-marins dans le cadre budgétaire. Je peux aussi confirmer que cet approvisionnement sera le plus important de l’histoire du Canada et que ce processus, de par sa conception, aura de loin la plus grande incidence économique à l’échelle du pays.
Si les négociations avec TKMS n’aboutissent pas, le Canada se réserve le droit de désigner la société Hanwha Ocean, qui est actuellement le fournisseur de réserve, comme fournisseur privilégié, et d’entamer des négociations avec cette dernière.
Cette décision entre deux fournisseurs hautement qualifiés a été difficile à prendre. Les plateformes de TKMS et de Hanwha répondaient toutes deux aux exigences de la Marine royale canadienne, et les deux soumissionnaires ont présenté des propositions solides visant à maximiser les retombées pour les travailleurs et les entreprises du Canada.
Je tiens à remercier les deux soumissionnaires et leurs gouvernements respectifs d’avoir présenté des propositions très bien pensées, exhaustives et axées sur la coopération.
En tant que démocraties dynamiques et fiables aux vues similaires, l’Allemagne, la Norvège et la République de Corée constituent des partenaires stratégiques essentiels pour le Canada dans ce nouveau monde.
Notre décision finale a été motivée par la volonté de choisir la meilleure plateforme et le meilleur partenariat possibles pour répondre à l’ensemble des intérêts stratégiques, économiques et de sécurité du Canada.
Il s’agit de la nouvelle génération de sous-marins, qui figurent parmi les plus avancés jamais construits. Leur système de propulsion anaérobie, alimenté par des piles à combustible, permet de rester en immersion totale pendant plus de 40 jours dans un silence quasi total. À cela s’ajoutent des capacités de combat spécialement conçues, des batteries lithium-ion garantissant vitesse et recharge rapide, ainsi qu’une endurance inégalée sous la glace. La plateforme de TKMS offre une puissance, une furtivité et une pérennité exceptionnelles.
La plateforme de TKMS est optimisée pour les eaux arctiques et entièrement interopérable avec l’OTAN, ce qui lui permet de communiquer sans difficulté, d’échanger du renseignement et de mener des missions communes.
Ce sous-marin a fait ses preuves et est performant.
Il est largement utilisé par nos alliés. En effet, TKMS fournit des sous-marins à plus d’un tiers des pays membres de l’OTAN et est le premier fournisseur de sous-marins auprès des marines du monde entier.
Ce sous-marin de type 212CD a été conçu pour maximiser l’interopérabilité entre les marines alliées. Ainsi, nos sous-marins opéreront en parfaite harmonie aux côtés de nos partenaires de l’OTAN, partageant la formation, la maintenance, les pièces détachées, la technologie, voire les équipages tout au long de leur durée de vie.
TKMS a également proposé de réaffecter des navires issus de commandes de l’Allemagne et de la Norvège, ce qui permettra la livraison anticipée de quatre sous-marins d’ici 2034.
TKMS est également le meilleur choix pour les travailleurs canadiens.
L’entreprise participera à la création et au maintien d’un écosystème de bien au-delà de 100 000 emplois bien rémunérés aux quatre coins du Canada.
Dans sa phase initiale, ce projet emploiera des Canadiennes et des Canadiens pour participer directement à la construction de ces sous-marins, comme des soudeurs et tuyauteurs dans nos chantiers navals, des ingénieurs appelés à concevoir des systèmes de nouvelle génération, des machinistes pour fabriquer des composants de précision et des chercheurs qui font progresser les technologies de demain.
À mesure que le projet avancera, nous construirons les infrastructures nécessaires pour accueillir cette flotte : chantiers navals, jetées, cales sèches et installations de soutien qui emploieront des monteurs de charpentes métalliques, des électriciens, des tuyauteurs et des conducteurs d’engins lourds dans des communautés de tout le pays.
Nous développerons les capacités nécessaires à l’entretien et à la maintenance de ces sous-marins, ce qui permettra de créer des carrières stables et à long terme pour les techniciens, les ingénieurs et les travailleurs de métiers spécialisés qui assureront la maintenance de cette flotte tout au long de sa durée de vie opérationnelle.
Conformément aux conditions de ce contrat, 100 % de la valeur de notre investissement doit être égalée ici, au Canada. Nous ne divulguerons pas le montant final du contrat avant la fin des négociations commerciales, mais nous pouvons confirmer que dans le cadre de ce projet, le Canada recevra des dizaines de milliards d’investissements de la part de TKMS. Des investissements qui toucheront toutes les régions du pays. Des investissements dans des domaines clés de la défense et de l’industrie, notamment l’espace, les munitions, les technologies autonomes, les minéraux critiques et la recherche-développement.
À Vancouver et à Halifax, nos meilleurs ingénieurs développeront la capacité d’entretien qui va permettre de garder cette flotte en mer pendant des décennies.
À Montréal, des innovateurs en haute technologie construiront les simulateurs qui vont permettre de former les marins déployés à bord des sous-marins.
À Calgary, des entreprises d’énergie propre aideront à les alimenter.
Et au Manitoba, des techniciens du secteur aérospatial produiront les torpilles qu’ils transporteront.
Quand ils auront leur diplôme en poche, les étudiants qui fréquentent aujourd’hui nos écoles – en génie, dans les métiers spécialisés et dans les technologies de pointe – pourront entrer dans un marché du travail beaucoup plus riche en possibilités.
Les sous-marins de TKMS vont permettre de renforcer notre base industrielle de défense, de resserrer nos partenariats avec nos alliés de confiance et d’offrir de nouvelles occasions aux entreprises canadiennes dans les chaînes d’approvisionnement européennes.
Ils vont attirer des investissements dans des secteurs essentiels, de la défense et la fabrication de pointe aux technologies spatiales et aux minéraux critiques. De plus, les travailleurs et les entreprises de chez nous pourront produire de nouveaux outils pour protéger le Canada et nos alliés pendant des décennies.
C’est bien plus qu’un simple projet d’approvisionnement.
C’est un partenariat à long terme.
Un partenariat qui servira de base à une nouvelle collaboration industrielle entre le Canada et l’Europe.
Un partenariat qui permettra d’intégrer l’expertise canadienne dans certaines des chaînes d’approvisionnement de la défense les plus avancées au monde.
Et un partenariat dans le cadre duquel le Canada ne sera pas simplement un client, mais un acteur contribuant à la sécurité collective et à la résilience économique de l’alliance transatlantique.
Ce projet d’approvisionnement est historique en raison de l’ambition, de la rapidité et de la discipline avec lesquelles il est mis en œuvre.
En moins d’un an, nous avons reçu, examiné et sélectionné des candidatures dans le cadre du plus important projet d’approvisionnement en matière de défense de l’histoire canadienne – cinq ans avant la date prévue au départ.
C’est un puissant exemple de l’Agence de l’investissement pour la défense en action : doter nos Forces armées des capacités dont elles ont besoin, quand elles en ont besoin, tout en renforçant la base industrielle canadienne pour des dizaines d’années.
Tout comme dans le cadre du plan que nous avons annoncé récemment et qui consiste à travailler en partenariat avec Saab et Bombardier pour produire des avions de surveillance GlobalEye au Canada, nous travaillons ici avec des alliés de confiance afin de renforcer nos Forces armées, tout en favorisant la croissance d’entreprises canadiennes et en créant des milliers d’emplois de qualité.
Notre gouvernement a fait campagne en promettant qu’il allait régler les problèmes chroniques d’approvisionnement en matière de défense qu’il y avait au Canada. L’annonce d’aujourd’hui est un autre pas important dans cette direction.
Conformément à notre stratégie, ce projet ne se résume pas à l’acquisition de sous-marins.
Il va faire croître la capacité industrielle canadienne. C’est un partenariat avec les entreprises et les travailleurs du Canada. Il permet de s’occuper chez nous de nos équipements. Ainsi, le Canada va entretenir et appuyer ces capacités pendant des générations et maximiser leurs retombées économiques à long terme partout au Canada.
Dans un monde plus dangereux qu’avant, la sécurité économique et la sécurité nationale vont de pair.
Ce soir, je m’envole vers Ankara pour participer au Sommet de l’OTAN. Le Canada arrive en position de force pour aider à diriger l’Alliance.
Notre budget prévoit que nos dépenses militaires s’élèveront en tout à 4 % de notre PIB d’ici la fin de cette décennie. Ces fonds comprennent le coût de ces sous-marins au cours de la période de projection budgétaire.
En Arctique et sur le flanc ouest de l’OTAN, le Canada occupe un rôle de leader.
Combinés à la deuxième plus grande flotte de brise-glace dans le monde, à de nouveaux avions, à un nouveau radar, à encore plus de missiles et de drones, à de meilleures capacités de cyberdéfense ainsi qu’à de nouveaux ports et à de nouvelles bases aériennes, ces nouveaux sous-marins nous permettent d’assurer la souveraineté complète du Canada dans l’Arctique.
De plus, nous assortissons ces investissements d’une présence : l’opération NANOOK au pays, l’exercice Cold Response dans le Grand Nord et l’opération REASSURANCE en Lettonie. Le Canada est également parmi ceux qui contribuent le plus à la Coalition des volontaires pour l’Ukraine.
Ajoutons à cela la Banque de la défense, de la sécurité et de la résilience, qui permettra au Canada de mobiliser des capitaux abordables pour que les nations démocratiques puissent renforcer leur industrie de la défense plus rapidement et de la manière la plus rentable possible.
Ainsi, le Canada montre au monde entier qu’il a pris la mesure de la situation, qu’il se mobilise pour y faire face et qu’il est prêt à montrer la voie.
Nous réalisons nos dépenses militaires de manière à rendre le Canada plus sûr, plus indépendant et plus prospère. L’annonce d’aujourd’hui illustre parfaitement cette approche.
Il y a près de 40 ans, le mur de Berlin s’est effondré, ce qui a suscité l’espoir d’une nouvelle ère.
Cette avancée allait éloigner le spectre d’une confrontation nucléaire, faire progresser la démocratie, obliger la tyrannie à battre en retraite et faire du monde un lieu plus sûr.
L’espoir suscité par la fin de la Guerre froide n’était pas sans fondement.
L’Union soviétique s’est dissoute deux ans plus tard. Des millions de personnes ont retrouvé leur liberté. La démocratie s’est étendue. Des familles séparées par des murs et des barbelés ont été réunies.
Et pourtant, l’optimisme de ce moment reposait sur des hypothèses dangereuses : que l’histoire avait tranché en faveur de la liberté; que les conflits majeurs entre des États puissants étaient chose du passé; que la prospérité, à elle seule, pouvait garantir notre sécurité.
Pour de nombreux pays, y compris le nôtre, ces hypothèses ont donné lieu à un certain relâchement.
Ce n’est pas une coïncidence si c’est en 1989 – l’année de la chute du mur de Berlin – que les dépenses militaires du Canada ont dépassé les 2 % pour la dernière fois.
L’Histoire se répète.
Un monde juste, stable et prospère pour tous est à nos portes.
Mais pas sans vigilance, sans détermination et sans un partenariat entre alliés aux vues similaires.
En octobre dernier, j’ai promis que la nouvelle Agence de l’investissement pour la défense allait permettre d’accélérer les échéanciers, de renforcer les partenariats et d’offrir de meilleurs résultats tant pour nos Forces armées que pour notre économie.
Il y a sept mois, à Davos, j’ai déclaré que le Canada devait travailler de concert avec des puissances intermédiaires aux vues similaires, à grande vitesse et à grande échelle, afin de favoriser la résilience mutuelle, d’accroître nos capacités stratégiques et d’améliorer notre autonomie stratégique.
En février, nous avons lancé notre Stratégie industrielle de défense, un plan audacieux pour doter nos Forces armées de ce dont elles ont besoin, faire croître les entreprises canadiennes de défense et mettre des centaines de milliards de dollars au service des secteurs stratégiques de notre économie.
Nous concrétisons ces engagements.
Parce que la tyrannie ne bat plus en retraite.
Parce que les menaces auxquelles nos alliés et nous faisons face sont concrètes et variées.
Parce qu’elles doivent être prises de front par un Canada prêt à défendre ses intérêts, à protéger ses citoyens, à bâtir son économie et à garantir son avenir.
Parce que le Canada est fort.
Merci.