Main Content

Bonjour. Merci d’être présents en cette période cruciale pour le système international et, par extension, pour le monde entier. 

L’une des difficultés avec lesquelles nous devons tous composer réside dans le fait que le système multilatéral ne reflète pas la réalité de notre époque et qu’il ne résistera pas à l’épreuve du temps. Mais à la fois, la nécessité de la collaboration multilatérale est bien réelle. 

Le monde de l’après-guerre touche à sa fin, mais la logique sous-jacente qui justifiait la collaboration multilatérale est plus irréfutable que jamais.

L’urgence de lutter contre les changements climatiques s’intensifie. L’intelligence artificielle progresse plus vite que notre capacité à la contrôler. 

Les pandémies peuvent se propager parmi les continents en quelques semaines.

Les chocs financiers peuvent perturber les marchés en quelques heures. 

Les conflits armés peuvent déstabiliser des régions entières et forcer des millions de personnes à fuir leur domicile.

Des points de passage obligé dans le monde peuvent paralyser des chaînes d’approvisionnement. 

Et aucun pays, aussi puissant soit-il, ne peut relever ces défis à lui seul. 

La collaboration n’est donc pas un simple idéal. C’est plutôt une nécessité pratique. La question n’est pas de savoir si le multilatéralisme peut survivre, mais de déterminer comment il devra évoluer pour concorder avec la réalité actuelle.

À bien des égards, c’est une période qui ne se présente qu’une ou deux fois par siècle, et durant laquelle notre prospérité collective dépend de ce que nous choisissons de bâtir et de la manière dont nous le faisons.

Ce qui nous attend, ce n’est ni un multilatéralisme utopique qui ne fait que préserver le statu quo, ni une realpolitik froide qui le démantèle complètement.

Le Canada et de nombreux autres pays ont plutôt opté pour une approche réaliste fondée sur des valeurs. Il s’agit d’une approche à la fois pragmatique et fondée sur des principes. Elle repose sur des principes, car elle défend les valeurs fondamentales que sont la liberté, les droits de la personne, le développement durable et la solidarité. Et elle est pragmatique, car elle reconnaît que tous les partenaires ne partagent pas nécessairement l’ensemble de ces valeurs.

En termes simples, nous devons forger des alliances mesurées, fondées sur des liens étroits avec des pays qui partagent nos valeurs, tout en restant réalistes vis-à-vis de ceux qui ne les partagent pas.

À cet égard, nous devons agir de manière proactive, en acceptant le monde tel qu’il est, plutôt que d’attendre passivement qu’il devienne celui que nous souhaitons. Nous devons notamment accepter le fait que les progrès sont parfois progressifs et que les intérêts peuvent souvent diverger. Nous devons concentrer nos efforts sur les domaines où nos positions convergent et où nous pouvons avoir la plus grande incidence possible. On peut bien parler de progrès dans nos discours, mais le dialogue et l’action sont les seuls moyens de les concrétiser.

Nous avons mis en avant certains aspects de notre nouvelle approche cette semaine, lors de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies.

Le Canada croit à la coopération.

Dans un monde fragmenté, la coopération n’est pas un idéal – c’est une nécessité.

Il y a cinq jours, à Strasbourg, j’ai présenté les arguments du Canada en faveur d’une alliance pour l’avenir avec l’Union européenne, une alliance suffisamment ouverte pour que d’autres puissent s’y joindre.

Notre objectif n’est pas l’autosuffisance. C’est la résilience collective.

C’est dans ce même esprit que nous avons lancé la coalition Partenaires pour le multilatéralisme. Ce n’est pas un autre bloc ou une autre bureaucratie.

C’est un nouveau forum qui fait le pont entre les institutions universelles, les coalitions pratiques et les capacités qui existent au-delà des gouvernements. Il permettra de bâtir la confiance, de réunir ceux qui sont prêts à agir et d’accélérer le développement de solutions prometteuses qui pourraient, à terme et en toute légitimité, être déployées à plus grande échelle.

Le Canada sait que l’efficacité de l’action internationale ne passe pas nécessairement par l’unanimité. Les États ayant des intérêts communs peuvent faire progresser des priorités partagées, auxquelles d’autres se rallieront à mesure que leur intérêt deviendra évident. La réussite appelle la réussite, tout comme la vertu appelle la vertu.

Ce soir, aux côtés du premier ministre du Royaume-Uni, du président de la France et du secrétaire général des Nations Unies, je coprésiderai une réunion sur la solution à deux États et la mise en œuvre de la résolution 2803 du Conseil de sécurité des Nations Unies.

À Gaza, d’immenses souffrances humaines perdurent. Juste à côté, les Israéliens continuent de vivre sous la menace existentielle que représentent le Hamas, l’Iran et ses agents interposés.

Le consensus international de longue date en faveur d’une solution à deux États – un consensus auquel ont adhéré tous mes prédécesseurs depuis la création de cette organisation – n’aura plus aucun sens si la situation actuelle perdure. C’est pourquoi le Canada met tout en œuvre pour contribuer à changer le cours des choses.

À cette fin, je tiens à annoncer, entre autres mesures, une aide internationale de 100 millions de dollars en faveur de la Palestine, dont 80 millions de dollars sont destinés à l’aide humanitaire, afin d’alléger les souffrances humaines immédiates, et 20 millions de dollars au renforcement des capacités en matière de paix et de sécurité, notamment dans le cadre de notre rôle de chef de file dans la formation des forces de police en Cisjordanie.

Le Canada et ses partenaires reconnaissent la menace directe que le soutien apporté par le gouvernement israélien au projet de colonisation E1 représente pour la paix. Et c’est à contrecœur que nous avons annoncé notre intention de mettre en place des restrictions commerciales visant les produits fabriqués dans ces colonies israéliennes illégales.

Il s’agit là d’une mesure pragmatique et concrète qui vise à préserver la possibilité d’une solution à deux États et, à terme, d’une paix durable pour les Israéliens et les Palestiniens.

Le Canada croit au développement durable. Il croit aussi que nous avons la responsabilité de protéger notre patrimoine commun.

À titre de coprésident de l’Alliance OceanEye, je me suis joint à la présidente de la Commission européenne pour rallier nos partenaires autour d’une vision plus claire et commune des océans dont nous dépendons tous. C’est essentiel pour rendre les mers plus sûres, pour assurer la durabilité de l’économie océanique et pour préserver la stabilité du climat. On ne peut pas protéger ce qu’on ne peut pas observer.

C’est pourquoi le Canada investit 82 millions de dollars pour renforcer l’observation mondiale des océans. C’est aussi pourquoi nous venons de ratifier le Traité sur la haute mer, afin d’étendre la protection aux eaux internationales qui couvrent près de la moitié de la planète.

L’an prochain, le Canada accueillera la conférence Notre océan, qui réunira des gouvernements, des dirigeants autochtones, des scientifiques et des communautés côtières autour d’un même objectif : passer de l’ambition à l’action pour protéger nos océans et en assurer la durabilité.

Les partenaires collaborent avec le Canada parce que nous sommes prévisibles, fiables et attachés à nos principes dans un monde qui ne l’est absolument pas.

Nous mettons en œuvre nos principes au sein de groupes parfois restreints, mais formés selon les problèmes à résoudre plutôt qu’en fonction de la géographie ou de la taille. Cette géométrie variable ne constitue pas une solution de remplacement au multilatéralisme, mais plutôt un instrument de celui-ci.

En résumé, il s’agit d’instaurer un climat de confiance et de démontrer l’efficacité des mesures auprès de ceux qui sont prêts à agir. Il faut ensuite intégrer ces mesures au système multilatéral afin de les renforcer, de les élargir et de les déployer à grande échelle. 

En réalité, le choix ne se résume pas à tenter de préserver l’ordre international mis en place après la Seconde Guerre mondiale ou à y renoncer. 

En tant que sixième pays donateur en importance des Nations Unies et en tant que réaliste attaché à ses valeurs, le Canada continuera de travailler dans toutes les instances à promouvoir et à garantir à ses citoyens la dignité, la paix, le développement durable et la prospérité auxquels ils ont droit.