Merci à Rachel, au ministre Solomon, à Éric St-Pierre.
Ce matin, nous avons lancé une nouvelle stratégie sur la sécurité nationale du Canada, la première en plus de 20 ans.
La plus récente stratégie avait été rédigée pour un monde différent. Celle d’aujourd’hui reflète de nouvelles réalités profondes.
Fondamentalement, elle tient compte du fait que les impératifs de la souveraineté ont changé. Il ne suffit plus d’assurer notre sécurité alimentaire et énergétique et notre défense. Pour être souverains, nous devons maintenant pouvoir accéder à des semiconducteurs, à des minéraux critiques, à des systèmes de paiement, à des technologies d’énergie propre, à des vaccins, à des communications spatiales et à l’intelligence artificielle (IA).
Le renforcement de ces capacités est au cœur de nos stratégies en matière d’économie, de politique étrangère et de défense.
Pour que nous puissions être souverains, afin d’être maîtres chez nous pour vivre notre vie comme on l’entend, dans le meilleur pays au monde.
La souveraineté, ça veut dire renforcer nos capacités ici, chez nous. C’est aussi choisir des partenaires fiables avec qui bâtir l’avenir.
Quand nous le pouvons, nous misons sur nos propres capacités. Quand nos forces sont complémentaires, nous gagnons à collaborer avec des alliés fiables. Et quand nos forces se rejoignent, cette collaboration nous permet de voir plus grand.
C’est cet avantage mutuel qui justifie un partenariat plus étroit entre le Canada et l’Europe.
Et c’est dans cet esprit que nous accueillons la présidente von der Leyen, le président Costa et les dirigeants européens ici, à Montréal, à l’occasion du Sommet Canada-Union européenne.
Notre partenariat avec l’Europe repose sur trois piliers.
Premièrement, les débouchés.
L’Union européenne est la deuxième économie en importance dans le monde, avec plus de 450 millions de consommateurs.
L’Union européenne est déjà notre deuxième plus grand partenaire commercial, avec des échanges commerciaux qui ont atteint près de 180 milliards de dollars l’an dernier.
Avec notre nouvelle alliance, nous ouvrons de nouveaux marchés aux entreprises canadiennes, nous créons de nouvelles collaborations pour nos chercheurs et nous offrons aux jeunes de nouvelles possibilités de vivre, de travailler et d’étudier des deux côtés de l’Atlantique.
Deuxièmement, l’abordabilité.
Ensemble, nous allons offrir aux familles plus de choix à moindre coût, dans des domaines allant de la finance à l’éducation.
Troisièmement, la souveraineté.
Nos forces sont complémentaires. L’Europe se distingue par la puissance de son marché, l’excellence de sa recherche et sa force industrielle. Le Canada, lui, peut compter sur des talents et des capacités de recherche de calibre mondial, et sur d’abondantes ressources en énergie et en minéraux critiques.
Nous partageons les mêmes valeurs. Nous les avons toujours défendues et nous devons continuer de veiller à leur protection.
Et nous partageons la conviction que le Canada et l’Europe doivent assurer leur autonomie stratégique en resserrant leur coopération dans l’ensemble des domaines stratégiques : les minéraux critiques, les capacités industrielles de défense, la sécurité énergétique, l’espace, les systèmes de paiement, la puissance de calcul et l’IA.
Le mois passé, devant le Parlement européen à Strasbourg, la présidente von der Leyen et moi avons proposé une nouvelle alliance pour l’avenir entre le Canada et l’Europe, qui s’appuierait sur des valeurs communes et des atouts complémentaires afin de renforcer notre résilience collective.
Cette semaine, ici, à Montréal, nous y donnons suite.
Et, ce matin, le Canada fait un pas de géant dans le domaine de l’IA.
Nous n’attendons pas que l’avenir de l’IA se décide ailleurs par des personnes que nous ne connaissons pas ou en qui nous n’avons pas confiance. Nous le bâtissons ici même, comme il se doit.
Je suis fier d’annoncer que le gouvernement du Canada prévoit d’investir jusqu’à 1,6 milliard de dollars dans Cohere.
L’entreprise Cohere a été fondée à Toronto, par certains des pionniers de l’IA. De nos jours, c’est l’un des principaux fournisseurs mondiaux d’une IA sûre destinée aux entreprises et aux gouvernements.
En seulement sept ans, Cohere est passée du statut d’entreprise en démarrage torontoise à celui d’entreprise d’envergure mondiale. C’est une réussite canadienne qui s’écrit sous nos yeux. Et maintenant, le Canada y détient une participation.
Nous investissons sur une base commerciale, de concert avec des investisseurs privés tels que NVIDIA, Bell et le groupe allemand Schwarz. C’est une marque de confiance envers Cohere, le Canada et l’avenir d’une IA qu’on peut contrôler.
En raison de l’ampleur et de l’importance stratégique de notre engagement, nous avons établi des modalités très robustes pour les Canadiennes et les Canadiens qui détiendront une participation dans Cohere et bénéficieront de sa croissance.
Notre engagement – ainsi que l’offre de valeur de Cohere – repose sur les trois mêmes piliers que notre partenariat avec l’Europe.
Premièrement, les débouchés.
Aux termes de cet accord, Cohere restera une entreprise canadienne et créera ainsi plus de possibilités pour nos travailleurs et nos entreprises. Sa constitution en personne morale et son siège social resteront ici, ce qui permettra de créer de bons emplois et d’investir au moins 1,7 milliard de dollars dans de nouvelles infrastructures informatiques au Canada d’ici 2030.
Cohere va ouvrir des portes à la prochaine génération de chefs de file de l’IA, grâce à des partenariats en matière de recherche avec des établissements canadiens et à de vraies possibilités pour les étudiants et les nouveaux diplômés.
Deuxièmement, l’abordabilité.
Cohere ne cherche pas à créer le plus grand modèle d’IA au monde. L’entreprise met au point des modèles pratiques adaptés aux besoins réels des organisations, que ce soit un hôpital, une petite entreprise ou un ministère.
Grâce à leur efficacité, ces modèles peuvent fonctionner sur les propres systèmes d’une organisation. Ça permet de réduire les coûts et de garder les données à l’interne.
Un plus grand nombre d’organisations peuvent donc adopter une IA puissante, abordable et sécurisée. Et les contribuables canadiens en ont plus pour leur argent quand les services publics utilisent l’IA pour améliorer leur efficacité.
Troisièmement, la souveraineté.
Quand l’IA qui fait tourner notre économie et nos services publics est conçue au Canada, ce sont les Canadiennes et les Canadiens qui décident de son fonctionnement et à qui elle doit rendre des comptes.
Les Canadiennes et les Canadiens vont utiliser l’IA seulement s’ils ont confiance en sa capacité à protéger leurs renseignements personnels.
C’est précisément la raison d’être de Cohere.
Sa technologie permet aux organisations de protéger leur propriété intellectuelle et leurs renseignements sensibles, et d’en garder le contrôle – contrairement aux géants mondiaux de la technologie qui transmettent vos données à des puissances dominantes.
C’est pourquoi Cohere est un choix solide pour les entreprises et les pays qui tiennent à leur souveraineté.
C’est pourquoi les plus grandes banques, les entreprises de télécommunications du Canada et les géants mondiaux de la technologie lui font confiance.
C’est pourquoi la fonction publique fédérale travaille déjà avec Cohere pour utiliser l’IA et mieux servir les Canadiennes et les Canadiens.
Et c’est pourquoi Cohere va continuer de travailler avec l’Institut canadien de la sécurité de l’IA pour que cette technologie soit sûre, sécuritaire et responsable, et pour qu’elle gagne la confiance des gens qu’elle sert.
Votre gouvernement prend la protection de vos données très au sérieux. Nous n’allons pas les envoyer à l’étranger. Avec Cohere, nous allons les garder ici, au Canada, où elles vont être régies par nos lois et nos valeurs.
Revenons un peu en arrière.
Pour bâtir l’IA de l’avenir, il faut cinq choses : l’énergie pour l’alimenter, les capitaux pour la financer, la puissance de calcul pour la faire fonctionner, les cerveaux pour la concevoir et les valeurs pour garantir qu’elle soit au service de l’humanité.
Le Canada dispose de l’énergie, des cerveaux et des valeurs nécessaires.
Aujourd’hui, nous ajoutons le capital. Et grâce à ce capital, il sera possible de développer la puissance de calcul ici même, au Canada.
C’est important. Parce que, de nos jours, les systèmes d’IA les plus puissants sont concentrés dans très peu d’entreprises, dans très peu de pays. Cette concentration comporte des risques en termes de coûts, de résilience et de souveraineté.
Comme nous l’avons constaté, des entreprises que l’on dit «mondiales» se révèlent trop souvent nationales quand elles contreviennent aux règles.
Le Canada est l’un des rares pays au monde à compter une entreprise capable de développer les technologies d’IA les plus avancées.
C’est extraordinaire. Et ce n’est pas un hasard. C’est le fruit de décennies de talent et d’ingéniosité de chez nous.
Les gouvernements peuvent financer la recherche. Mais ça prend des entreprises pour transformer les résultats de cette recherche en produits, en emplois et en exportations. Les entreprises sont un moteur essentiel de cette transformation, et Cohere en fait partie.
Les possibilités ne s’arrêtent pas à nos frontières.
Des pays et des entreprises du monde entier recherchent exactement ce que Cohere offre : une IA puissante qu’ils peuvent maîtriser. Et nous sommes en mesure de répondre à cette demande.
C’est un travail d’équipe. Cohere s’est associée à l’entreprise allemande Aleph Alpha pour réunir ce que le Canada et l’Europe ont de meilleur à offrir en IA. Ce partenariat ouvre les portes d’un tout nouveau marché en Europe et renforce la coopération transatlantique en IA.
Et ça nous donne des occasions extraordinaires d’exporter notre savoir-faire partout dans le monde, auprès de partenaires qui partagent nos valeurs.
Voilà un exemple concret de ce que le Canada et l’Europe peuvent bâtir ensemble.
Les fondements de l’IA viennent de chez nous. L’apprentissage profond. Les modèles linguistiques neuronaux, les GAN, l’apprentissage par renforcement, les transformeurs.
Geoffrey Hinton à Toronto. Richard Sutton à Edmonton. Yoshua Bengio, qui a fondé Mila, ce merveilleux institut, ici, à Montréal.
Et Aidan Gomez qui, alors qu’il étudiait à l’Université de Toronto, a contribué à l’article fondateur des grands modèles de langage d’aujourd’hui, puis est revenu cofonder Cohere.
Pendant des dizaines d’années, les Canadiens ont soutenu la recherche. Mais, trop souvent, les entreprises et la richesse qu’elles créaient allaient croître ailleurs.
On pourrait dire que nous n’y avons pas accordé suffisamment d’attention.
Aujourd’hui, les choses ont changé. Il s’agit d’un tournant décisif dans le cadre de notre stratégie globale en matière d’IA, qui permettra aux entreprises canadiennes spécialisées dans ce domaine de se développer ici, aux Canadiennes et aux Canadiens de bénéficier des fruits de leur travail et à l’IA de servir les Canadiens pour améliorer leur quotidien.
Cohere incarne la réussite canadienne. Et maintenant, cette réussite profite à tous les Canadiens et Canadiennes.
De temps à autre, une nouvelle technologie naît et change le monde. L’ordinateur personnel. L’Internet. Le téléphone intelligent.
L’IA est la prochaine grande transformation, mais à un niveau potentiellement différent. Demis Hassabis, lauréat du prix Nobel, a comparé son potentiel à celui de 100 révolutions industrielles. Dix fois plus importante, 10 fois plus rapide.
C’est aujourd’hui qu’il est décidé où elle sera développée, comment elle sera régie et à qui elle sera utile.
C’est pourquoi nous investissons dans Cohere dès maintenant. Pour une IA abordable, sécurisée et souveraine. Développée au Canada au profit de toutes les Canadiennes et de tous les Canadiens.
Merci.