Monsieur le premier ministre, merci de cet accueil chaleureux et de ce grand honneur.
Monsieur Taylor, chef de l’opposition, merci d’avoir rappelé l’importance de la bière et de la compétition.
Je me souviens de notre rencontre à trois avec le premier ministre Starmer, à un moment fort important, où le premier ministre Albanese avait apporté quatre des meilleures bières de l’Australie, qui portaient justement son nom.
Monsieur le président, président, honorables députés et sénateurs, distingués invités, Mesdames et Messieurs.
Merci de nous accueillir si chaleureusement en Australie, mon épouse, mes collègues ainsi que moi-même.
Permettez-moi également de remercier les pompiers australiens qui sont présents aujourd’hui avec nous. Ils sont venus dans la province où j’ai grandi, l’Alberta, l’été dernier, alors que des feux de forêt sans précédent faisaient rage, tout comme les pompiers australiens le font pour les Canadiens depuis des années. Et il ne s’agit là que d’une chose parmi tant d’autres qui illustrent la solide et concrète amitié entre nos deux nations.
Chers amis, c’est un honneur et un privilège que de m’adresser au Parlement de l’Australie, l’une des assemblées démocratiques les plus exemplaires au monde et qui illustre le patrimoine que nous partageons à titre de membres du Commonwealth.
Le Canada et l’Australie sont de grands amis, et ce, depuis très longtemps. La confiance est le pilier central de notre relation.
Lorsque le Canada et l’Australie agissent de concert, nous faisons une grande différence.
En cette période de rupture, notre collaboration est encore plus stratégique : nous pouvons chacun renforcer notre souveraineté et ainsi, produire des résultats concrets pour nos citoyens et citoyennes, de même que pour nos économies.
Monsieur le président, la dernière fois qu’un premier ministre du Canada s’est tenu ici, c’était à une autre époque qui comportait ses propres défis.
En 2007, nous étions à la veille de la crise financière mondiale. L’Australie et le Canada ont traversé cette tempête grâce à la solidité de nos banques, à la probité de nos finances publiques et à l’ingéniosité de notre population.
Et même si bien des choses ont changé depuis, ces qualités perdurent, tout comme l’amitié entre nos pays.
Même si nous ne pourrions être plus éloignés sur le plan géographique, le Canada et l’Australie sont des « cousins stratégiques ».
Nous regardons peut-être vers des cieux différents – l’étoile Polaire dans notre hémisphère, la Croix du Sud dans le vôtre –, mais nous avançons dans la même direction. Nous partageons un patrimoine commun, avons développé une vision commune et pouvons bâtir ensemble un avenir commun.
Deux nations souveraines. Deux fières démocraties : le Grand Nord et la Terre d’en bas, animées par les mêmes valeurs.
Ce qui rend notre relation unique, c’est qu’elle n’a pas été forgée par la géographie ou la volonté de grandes puissances. Elle a été choisie, à maintes reprises, au fil des siècles.
Dans la boue des Flandres, sur les côtes de Normandie, dans les collines de Corée et les vallées de Kandahar, les Canadiens et les Australiens se sont tenus côte à côte dans les moments les plus sombres et les plus incertains.
Nous avons agi ainsi parce que nous croyons que les gens de partout méritent de vivre librement, de se gouverner eux-mêmes et de déterminer leur propre avenir, et que ces valeurs méritent d’être défendues, même à prix fort.
Ensemble, nous avons contribué à l’édification du système international d’après-guerre, à la rédaction de la Charte des Nations Unies et à la création d’un ordre économique mondial qui a apporté la prospérité à nos populations.
Nous avons contribué à rédiger ses règles, de Bâle à Brisbane. Nous étions à la table lorsque le G20 a été créé, lorsque le Partenariat transpacifique a été négocié, lorsque les normes régissant le commerce, la finance et la sécurité ont été établies.
Certes, ce système était imparfait, mais il fonctionnait : il permettait de maintenir les voies maritimes ouvertes, de résoudre les différends, de développer le commerce et les investissements, et de réduire les écarts entre riches et pauvres partout dans le monde.
À l’heure où cette architecture mondiale s’effondre sous le poids de crises successives, je suis venu en Australie pour réaffirmer notre alliance et proposer des pistes pour l’avenir.
Parce que je suis intimement convaincu, grâce à l’optimisme que m’a inspiré ce grand pays, que cette rupture nous permettra de bâtir quelque chose de mieux, de plus prospère, de plus résilient et de plus juste.
Nous constatons souvent que nos pays ont beaucoup en commun. Le système de Westminster, le fédéralisme, la common law, la Couronne.
Mais les fondements de notre relation sont bien plus profonds que cela.
Nous comprenons intuitivement comment fonctionne le système de chacun, la limitation des pouvoirs, le fonctionnement de nos institutions et les valeurs sur lesquelles elles reposent.
C’est le fruit de siècles de développement parallèle, d’un héritage commun et d’échanges assidus. Aucun traité ni aucune rhétorique ne peuvent mener à un tel résultat.
Sur cette base commune, nous avons édifié des nations civiques : des sociétés unies non pas par le sang ou la terre, ni par une seule foi ou culture, mais par quelque chose de plus exigeant et de plus durable : une volonté commune de vivre ensemble, d’accepter nos différences et de rechercher le bien commun.
Le principe fondateur du Canada est que l’unité n’exige pas nécessairement l’uniformité. Que nous pouvons partager un pays sans nous conformer à une identité unique. Que nos différences, honnêtement reconnues et respectueusement gérées, sont une source de force.
L’Australie est arrivée à la même conclusion en suivant sa propre voie. N’oublions pas que l’Australie a été le premier pays au monde à accorder aux femmes le droit de vote et le droit de se présenter aux élections.
Depuis, votre exemple inspire le monde entier. Le fait d’étendre la démocratie, de choisir d’élargir le cercle plutôt que d’en protéger les limites, est l’instinct fondamental qui définit notre nationalisme civique commun.
Nos deux nations ont été bâties par des voyageurs et des conducteurs de bétail, des aventuriers, des gens qui ne craignaient pas les risques et des familles qui ont tout quitté pour recommencer à zéro. Ces gens ont traversé les océans malgré des perspectives incertaines pour miser sur eux-mêmes et sur les autres.
Cette volonté de bâtir quelque chose ensemble, plutôt que de s’asseoir sur un héritage, est ancrée dans notre caractère national.
Bien sûr, l’édification de nos deux pays est encore inachevée. L’important travail de réconciliation avec les peuples autochtones se poursuit. Nous cherchons encore à faire en sorte que chacun profite de chances égales, indépendamment du sexe, de la race, de l’orientation sexuelle ou du point de départ dans la vie.
Cette tâche n’est pas un signe de faiblesse, mais plutôt le fruit d’une confiance qui nous fait reconnaître honnêtement nos lacunes et nous efforcer sans relâche de faire mieux.
Monsieur le président, la profondeur institutionnelle que nous partageons et notre amitié forgée par des valeurs communes et des combats communs engendrent une confiance qui constitue aussi un atout stratégique. Une source de puissance.
Et la question qui se pose aujourd’hui pour les puissances moyennes comme la nôtre est de savoir si nous établissons les conventions et rédigeons les nouvelles règles qui vont déterminer notre sécurité et notre prospérité, ou si nous laissons les puissances hégémoniques dicter les résultats.
Dans le nouveau contexte mondial, la capacité à former des coalitions efficaces devient une compétence stratégique centrale.
Les grandes puissances peuvent exercer des contraintes. Mais la contrainte a un coût, tant sur le plan de la réputation que sur le plan financier.
Les puissances moyennes doivent s’unir pour avoir du poids, mais toutes ne sont pas en mesure de le faire.
Dans un monde post-rupture, les pays qui inspirent confiance et qui sont capables de travailler ensemble seront plus rapides à réagir, plus efficaces dans leurs réponses, plus proactifs dans la détermination des résultats et, en fin de compte, plus sûrs et plus prospères.
Les puissances moyennes comme l’Australie et le Canada détiennent ce rare pouvoir de rassembler. Parce que les autres savent que nous pensons ce que nous disons et que nos actions seront conformes à nos valeurs.
Nous avons gagné cette confiance tout au long de notre histoire. La question est maintenant de savoir ce que nous allons en faire.
Le Canada choisit de créer un réseau dense de relations afin de renforcer notre résilience.
Nous avons adopté un nouveau cadre régissant nos relations avec le monde, en l’occurrence la géométrie variable, qui consiste à établir différentes coalitions pour différents enjeux, fondées sur des valeurs et des intérêts communs.
Ce n’est pas un recul face au multilatéralisme. C’est son évolution.
Pour être clair, le soutien du Canada à l’Organisation des Nations Unies, aux institutions de Bretton Woods et au système multilatéral est, tout comme celui de l’Australie, inébranlable. Nous sommes déterminés à réformer ces institutions afin de mieux les adapter au monde d’aujourd’hui, mais nous devons créer ces coalitions dès maintenant pour faire face aux nouveaux défis.
En fonctionnant de manière efficace, ces coalitions contribueront à démontrer la puissance du multilatéralisme et à redynamiser les institutions mondiales.
À l’heure actuelle, de nombreux pays en tirent la conclusion qu’ils doivent acquérir une plus grande autonomie stratégique. Cette impulsion est compréhensible. Lorsque les règles ne nous protègent plus, on doit se défendre soi-même. Un pays qui ne peut pas se nourrir, s’approvisionner en énergie ou se défendre n’a que peu d’options.
Au 21e siècle, les éléments nécessaires à la sécurité économique et à la prospérité de nos pays vont bien au-delà de l’alimentation, des énergies conventionnelles et de la défense, aussi importantes soient-elles.
Pour être souverain aujourd’hui, il faut profiter d’un accès fiable aux communications et au stockage fondés sur des technologies spatiales. Il faut des vaccins, des semi-conducteurs, des systèmes de paiement et des capitaux.
Les gouvernements et les entreprises ayant longtemps privilégié l’efficacité au détriment de la résilience, nous avons développé des chaînes d’approvisionnement et des relations commerciales qui créent une dépendance vis-à-vis des grandes puissances, et parfois même de certaines entreprises, pour des éléments essentiels à notre souveraineté. À l’heure où l’intégration est utilisée comme une arme, cela crée des vulnérabilités fondamentales.
Par conséquent, l’impératif stratégique du Canada consiste à renforcer ses capacités souveraines dans ces secteurs cruciaux, tant au pays qu’à l’étranger, en formant des coalitions avec des partenaires fiables et dignes de confiance comme l’Australie, pour faire en sorte que l’intégration ne soit plus jamais une source de subordination pour nous.
Permettez-moi de vous donner cinq exemples concrets de ce que cela signifie.
Le premier concerne les minéraux critiques. Le Canada et l’Australie sont les deux géants miniers les plus fiables et les plus proches au monde. Nous sommes tous deux attachés au principe de durabilité. Dans le secteur de l’extraction, nous avons tous deux développé les écosystèmes les plus avancés, de la prospection à l’ingénierie, en passant par la logistique et les marchés de capitaux.
Nous sommes tous deux présents dans le secteur des nombreux métaux de base qui alimentent les batteries, les véhicules électriques, les téléphones intelligents et les systèmes d'IA du siècle actuel.
Ensemble, nous produisons un tiers du lithium et de l’uranium mondiaux et 40 % du minerai de fer, et nous disposons d’une réserve financière combinée de plus de 25 milliards de dollars pour accélérer les projets. À l’échelle mondiale, nous figurons respectivement en première et en deuxième place dans la liste des pays les plus attrayants pour les investissements dans le domaine des mines.
Nous sommes les superpuissances mondiales dans le secteur des minéraux critiques.
Dans l’ancien monde, et même aujourd’hui, dans une certaine mesure, nous avons été tentés de nous considérer comme des concurrents. Dans ce nouveau monde, nous devrions, comme le suggère le premier ministre Albanese, être des collaborateurs stratégiques – pour stimuler les investissements, accélérer la coopération technique, renforcer la résilience de la chaîne d’approvisionnement et développer nos capacités nationales en matière de transformation, tout en renforçant notre autonomie stratégique.
C’est pourquoi, plus tôt dans la journée, nous avons signé une série de nouveaux accords sur les minéraux critiques, et l’Australie s’est notamment jointe à l’Alliance sur la production de minéraux critiques du G7, le plus grand regroupement de réserves minérales au monde détenues par des démocraties fiables.
Le deuxième domaine est celui de la défense. Nos deux pays renforcent leurs capacités de manière à ce que la prochaine génération de drones, d’avions de surveillance, de cybertechnologies et d’intelligence artificielle voit le jour à Adélaïde et en Alberta.
La toute première Stratégie industrielle de défense du Canada prévoit la mobilisation de 500 milliards de dollars dans notre sécurité et notre résilience au cours de la prochaine décennie, ce qui créera d’énormes occasions de coopération. Nous collaborons déjà avec l’Australie en ce qui a trait à votre radar transhorizon, qui est à la fine pointe de la technologie mondiale, et nous explorerons de nouvelles possibilités pour protéger ensemble nos vastes territoires.
L’Australie et le Canada sont des membres importants de la Coalition des volontaires, qui fournit une aide militaire et humanitaire essentielle à l’Ukraine en réponse à la guerre illégale menée par la Russie. L’issue de cette guerre ne fait aucun doute, même si sa durée est encore incertaine. Lorsque la paix sera revenue, la Coalition fournira des garanties de sécurité solides afin d’assurer une paix juste et durable en Ukraine et en Europe.
Comme nous l’avons vu en Ukraine, les communications par satellite sont désormais une nécessité fondamentale pour la sécurité. Les puissances moyennes doivent avoir le choix, et c’est le cas du Canada.
Une constellation de satellites en orbite basse basée au Canada sera lancée l’année prochaine afin d’assurer des communications fiables et sûres à l’échelle mondiale. Nous travaillons avec d’autres partenaires qui ont des vues et des capacités similaires aux nôtres afin de mettre en place un système solide et résilient que nous pouvons tous partager et contrôler chacun sur notre propre territoire.
L’intelligence artificielle (IA) en est un troisième exemple. À l’heure où l’IA commence à transformer notre économie et nos vies, l’autonomie stratégique nécessite une infrastructure souveraine en matière d’intelligence, comprenant des nuages, des données, de grands modèles de langage et des applications d’entreprise sécurisés.
Le Canada est en bonne posture. Nous sommes la première destination mondiale pour les titulaires de maîtrises et de doctorats, nous formons certains des développeurs d’IA les plus renommés au monde et nous accueillons des instituts et entreprises en démarrage à la fine pointe du domaine de l’IA.
En même temps, nous savons que nous devons collaborer avec d’autres puissances moyennes pour renforcer nos capacités souveraines en matière d’IA, afin de ne pas nous retrouver pris entre des fournisseurs à très grande échelle et des puissances hégémoniques.
C’est pourquoi le Canada collabore avec des pays européens partageant les mêmes vues, et c’est aussi pourquoi nous nous associons à l’Australie et à l’Inde dans le cadre d’une initiative trilatérale en matière d’IA afin de renforcer notre coopération et notre capacité souveraine.
Quatrièmement, le commerce. Nos deux pays sont à l’avant-garde des efforts visant à établir un pont entre le Partenariat transpacifique et l’Union européenne. Le Canada est déjà membre des deux blocs commerciaux, et vous le serez bientôt aussi.
Nous savons tous deux qu’il s’agit d’un bien public mondial, qui crée un nouveau bloc commercial de 1,5 milliard de personnes, qui se fonde sur des normes communes et des valeurs partagées et qui peut instaurer un nouveau système commercial fondé sur des règles au moment même où l’ancien vacille.
Cette coalition commerciale ponctuelle de puissances moyennes affiche un PIB supérieur à celui des États-Unis, des flux commerciaux trois fois supérieurs à ceux de la Chine, le plus grand bilan combiné des banques centrales au monde et 62 des 100 meilleures universités, en plus de constituer la plus grande source d’exportations culturelles à l’échelle mondiale.
Mon dernier exemple concerne les capitaux. Au cours des deux dernières décennies, l’accès aux capitaux a été de plus en plus instrumentalisé et, dans la période qui vient, la volatilité mondiale mettra probablement à nouveau à l’épreuve la résilience des systèmes financiers nationaux.
Le Canada et l’Australie conservent les avantages d’un système bancaire solide et d’une infrastructure financière sophistiquée et fiable. Nous disposons de bases solides pour maintenir l’ouverture aux flux transfrontaliers de capitaux.
Nos fonds de pension et vos caisses de retraite figurent parmi les plus vastes bassins de capitaux au monde, forts de près de 7 000 milliards de dollars sous gestion et enregistrant une croissance rapide. Il s’agit d’un atout stratégique pour nos citoyens et pour les générations à venir dans un monde plus risqué où il sera de plus en plus important de savoir qui doit quoi à qui et qui possède quoi.
Puisque nous sous-investissons dans nos économies respectives, il est grand temps de moderniser notre traité bilatéral en matière de fiscalité et d’investissement. Je me réjouis de l’accord conclu aujourd’hui à cet égard.
Monsieur le Président, ces nouveaux liens entre l’Australie et le Canada sont plus importants que la somme de leurs parties. Il s’agit d’une alliance réaffirmée, d’une amitié renforcée et d’un partenariat visant à accroître la prospérité et la sécurité dans la région indo-pacifique et au-delà.
L’Australie et le Canada n’ont jamais attendu que d’autres écrivent leur avenir.
Nous l’avons écrit nous-mêmes au fil d’un siècle de choix, en restant unis dans les moments les plus sombres, en établissant l’ordre d’après-guerre avec optimisme et détermination, et en contribuant aujourd’hui à écrire la suite des choses.
Bien sûr, le monde sera toujours façonné par les grandes puissances. Mais il peut également être façonné par les puissances moyennes qui se font suffisamment confiance pour agir avec rapidité et détermination.
L’Australie et le Canada ont démontré cette confiance une fois de plus cette semaine. Chaque accord signé, chaque coalition renforcée, chaque engagement pris est, en pratique, un exemple de géométrie variable. Nous comprenons tous deux l’ampleur de la tâche qui nous attend, parce que nous avons parcouru ce chemin ensemble.
Le Canada ne peut pas avoir de meilleur partenaire que l’Australie.
Comme l’a dit l’un de mes prédécesseurs, le premier ministre Pierre Trudeau, dans les années 1970, l’Australie est sereine et confiante en l’avenir, croyant en l’avenir de l’humanité.
Deux nations sous des cieux différents, mais avançant dans la même direction. Une amitié forgée au cours d’un siècle, prête à bâtir le siècle qui nous attend.
Je vous remercie beaucoup de cet honneur.