Transcription - Le premier ministre Carney forge un nouveau partenariat avec la République populaire de Chine
Le premier ministre Carney forge un nouveau partenariat avec la République populaire de Chine
Bonjour tout le monde. C’est un grand plaisir d’être ici pour ma première visite en Chine en tant que premier ministre. Et je tiens tout d’abord à remercier le président Xi Jinping et le premier ministre Li pour l’hospitalité qu’ils nous ont témoignée ici à Beijing.
Ce fut deux journées historiques et productives durant lesquelles moi et mes collègues ministres avons eu l’occasion de rencontrer le président Xi, le premier ministre Li, le président Zhao ainsi que des chefs d’entreprise de divers secteurs clés. Et je suis très heureux d’annoncer que nous avons accompli des progrès considérables dans un certain nombre de domaines névralgiques. Avec le recul, huit ans se sont écoulés depuis la visite du premier ministre du Canada en Chine et, durant cette période, le monde a profondément changé. La révolution technologique et la transition énergétique s’accélèrent à une vitesse sans précédent. Le système commercial mondial subit une transformation fondamentale, et l’efficacité des institutions multilatérales sur lesquelles s’appuient largement les puissances commerciales comme le Canada et la Chine s’est considérablement réduite. Cela se produit rapidement, c’est gros, c’est une rupture. Ce n’est pas une transition. Ce que nous faisons maintenant en tant que Canada, la façon dont nous nous positionnons dans le monde définira notre avenir pour plusieurs décennies à venir. Le Canada peut prospérer dans un nouveau système, mais, pour ce faire, nous devons nous montrer ambitieux. Nous devons travailler rapidement et à grande échelle pour trouver de nouveaux partenaires, diversifier nos échanges commerciaux et attirer des niveaux sans précédent d’investissements dans notre pays.
Et nous devons nous montrer pragmatiques. Cela veut dire que nous devons comprendre les différences entre le Canada et les autres pays pour ensuite concentrer nos efforts et collaborer dans les domaines où nos vues sont concordantes. Et c’est en fonction de cette approche que le Canada établit un nouveau partenariat stratégique avec la Chine. La Chine est la deuxième économie en importance dans le monde. Elle contribue pour un tiers à la croissance mondiale. Elle est notre deuxième partenaire commercial et notre troisième plus important investisseur. Le commerce bilatéral entre nos pays s’élève à près de 120 milliards de dollars par année. On compte 400 000 carrières à travers le Canada : des agriculteurs dans les Prairies, des manufacturiers et des ingénieurs en Ontario et au Québec, des pêcheurs au Canada atlantique et en Colombie-Britannique, qui reposent sur le commerce avec la Chine. Chaque année, les Canadiennes et Canadiens gagnent 20 milliards de dollars en salaire grâce à notre relation commerciale actuelle. Et cette relation a été distante et incertaine durant près d’une décennie, ce qui a freiné l’investissement. Cela a ralenti la croissance et coûté aux travailleurs canadiens de bonnes occasions, ce qui a eu pour conséquence de nous rendre encore plus dépendants de notre premier partenaire commercial. C’est pourquoi, immédiatement après les élections, le nouveau gouvernement du Canada a commencé à recalibrer nos relations avec la Chine de manière stratégique, pragmatique et résolue.
Peu après les élections, j’ai discuté avec le premier ministre Li. Deux mois plus tard, nous nous sommes rencontrés à New York. En octobre, j’ai rencontré le président Xi en Corée du Sud, avec un dialogue soutenu, constructif et pragmatique. Notamment à travers les visites de nos ministres et les membres de notre caucus en Chine, nous renouvelons cette relation afin qu’elle génère des résultats ambitieux pour les populations des deux pays.
La relation que nous entretenons en est une de longue date. Le Canada a été parmi les premiers pays occidentaux à reconnaître la Chine, en 1970. Au fil de nombreuses décennies, les Canadiennes et Canadiens d’origine chinoise ont contribué à bâtir nos communautés aux quatre coins du pays, que ce soit par la création de petites entreprises dynamiques, d’écoles et d’hôpitaux, ou encore par l’innovation dans le domaine des technologies de pointe.
Partout en Chine, il y a des entreprises canadiennes comme Manuvie, CE et la Banque de Montréal qui font affaire en Chine depuis longtemps. Leur présence ici bénéficie aussi évidemment à l’économie canadienne. Et j’aurai le plaisir de rencontrer plusieurs de ces entreprises plus tard dans la journée. Je serai heureux de leur parler des possibilités élargies qui s’offrent à elles.
On compte 2 millions de dirigeants canadiens d’origine chinoise dans les domaines du commerce, des technologies et de la culture. Le mandarin est la quatrième langue la plus parlée au Canada. Dans cette relation, il y a beaucoup à protéger, beaucoup d’éléments à développer et beaucoup à gagner. Par conséquent, en tirant profit de nos atouts et en nous concentrant sur les domaines de concordance, le Canada et la Chine peuvent générer une stabilité, une sécurité et une prospérité accrues pour nos pays. À cette fin, le président Xi et moi annonçons que le Canada et la Chine forgent un nouveau partenariat stratégique. Il sera axé sur cinq domaines principaux dans lesquels nos deux pays peuvent réaliser des gains considérables et durables. Premièrement, dans l’énergie propre et la compétitivité climatique, des domaines dans lesquels le Canada et la Chine possèdent d’immenses atouts et ces forces complémentaires. Deuxièmement, nous élargissons les échanges commerciaux, particulièrement en matière d’agriculture et d’agroalimentaire, dans lesquels le Canada est un partenaire fiable. Troisièmement, notre attachement au multilatéralisme et au renforcement de la gouvernance mondiale à l’heure où toutes ces questions sont en pleine mutation. Quatrièmement, nous resserrons nos relations en matière de sûreté et de sécurité publique afin de protéger nos populations. Enfin, nous renforçons les liens entre nos peuples et favorisons la culture, de manière à enrichir nos vies. Pour commencer, nous tirons parti de nos atouts dans les domaines de l’énergie, des technologies propres et de la compétitivité climatique. Le Canada est une superpuissance énergétique, tant dans le domaine des énergies conventionnelles que des énergies propres. Notre réseau électrique est propre à plus de 80 % et présente un vaste potentiel pour alimenter l’économie propre de demain.
La Chine est le leader mondial de l’énergie propre, produisant plus de 75 % de toutes les batteries de véhicules électriques, plus de 80 % des panneaux solaires et plus de 60 % des éoliennes dans le monde. Avec un partenariat renforcé tant dans le stockage que dans ce qui a trait à la production, nous pourrons coopérer pour réduire les émissions et stimuler de nouveaux investissements massifs dans les technologies et l’énergie propre.
Les atouts de la Chine dans le secteur des véhicules électriques sont indéniables. En effet, la Chine produit des véhicules qui sont parmi les plus abordables et les plus écoénergétiques du monde. Et pour que le Canada puisse bâtir son propre secteur concurrentiel des VE, nous devons apprendre auprès de partenaires innovateurs, avoir accès à leurs chaînes d’approvisionnement et accroître la demande locale. Et pour aider à libérer le plein potentiel de ces partenariats et faire baisser les coûts au profit de sa population, le Canada a accepté de permettre l’entrée sur le marché canadien de jusqu’à 49 000 véhicules électriques chinois au taux tarifaire de la nation la plus favorisée, soit 6,1 %. Il s’agit d’un retour aux niveaux qui existaient avant les récentes frictions commerciales, mais c’est un retour dans le cadre d’un accord beaucoup plus prometteur pour les Canadiennes et les Canadiens. On s’attend à ce que d’ici trois ans, cet accord attire des investissements chinois considérables dans le secteur canadien de l’automobile, ce qui créera de bons emplois au Canada et accélérera nos progrès vers un avenir carboneutre et vers l’industrie automobile de demain. Grâce à cet accord, on s’attend également à ce que, d’ici cinq ans, plus de 50 % de ces véhicules soient de VE abordables dont le prix à l’importation sera de moins de 35 000 dollars. Durant les 15 prochaines années, le Canada compte doubler son réseau énergétique par le biais d’investissements majeurs dans l’énergie hydroélectrique, nucléaire, solaire et éolienne. Cela crée d’immenses occasions de partenariats chinois dans ces investissements, notamment dans le stockage de l’énergie et les éoliennes en mer. En parallèle, le Canada exploite ses réserves de pétrole et de gaz naturel, qui sont parmi les plus vastes du monde, de manière à ce qu’elles présentent le moins de risques, le moins de coûts et le moins d’émissions de carbone possible. En juin dernier, nous avons exporté notre première cargaison de GNL vers l’Asie et nous augmentons rapidement notre production, en réalisant des investissements importants et en rationalisant les processus d’autorisation. D’ici 2030, le Canada produira 50 millions de tonnes de GNL par an, qui seront toutes destinées aux marchés asiatiques.
Au cours des semaines et des mois qui viennent, nous lancerons un nouveau dialogue ministériel pour accélérer la concrétisation de nos engagements concernant les énergies propres et conventionnelles.
Le deuxième pilier de notre partenariat stratégique vise à accroître les échanges commerciaux directs entre le Canada et la Chine. Notre coopération dans le domaine agricole a jeté les bases de nos relations bilatérales. Depuis plus de soixante ans, le Canada est un partenaire fiable de la Chine en matière d’exportations d’aliments. En effet, les Canadiens exportent chaque année pour plus de 7 milliards de dollars de produits agricoles vers la Chine. Auparavant, la Chine était le plus grand marché pour les graines de canola canadiennes. Nous voulons non seulement revenir à ces niveaux, mais aussi les dépasser. C’est pourquoi je suis heureux d’annoncer aujourd’hui que le Canada et la Chine ont conclu un accord commercial préliminaire, mais historique, visant à éliminer les barrières commerciales et à réduire les droits de douane. Le Canada s’attend à ce que, d’ici le 1er mars, la Chine abaisse les droits de douane sur les graines de canola canadiennes à un taux combiné d’environ 15 %. La Chine représente un marché de 4 milliards de dollars pour les producteurs canadiens de graines de canola, et ce changement constitue une baisse significative par rapport aux niveaux tarifaires combinés actuels de 84 %. De plus, le Canada s’attend à ce que la farine de canola canadienne, ainsi que le homard, le crabe et les pois canadiens ne soient pas soumis à des droits anti-discrimination pertinents à partir du 1er mars de cette année et au moins jusqu’à la fin de l’année. Ensemble, ces résultats permettront aux agriculteurs, aux pêcheurs et aux transformateurs canadiens de décrocher près de 3 milliards de dollars de commandes à l’exportation, parce qu’ils pourront exploiter pleinement le potentiel de ce marché de 1,4 milliard d’habitants. Grâce à cet accord, nous espérons également voir disparaître de nombreux obstacles de longue date pour toute une série de secteurs agricoles importants, allant du bœuf aux aliments pour animaux de compagnie.
Le Canada a le but ambitieux d’augmenter nos exportations vers la Chine de 50 % d’ici 2030. Soutenus par une nouvelle feuille de route commerciale, nous élargirons également les investissements canadiens en Chine dans des domaines comme les services, l’énergie, l’aérospatiale, l’agriculture et la fabrication de pointe.
Nous saluons les plans d’affaires chinois visant à augmenter considérablement leurs investissements au Canada dans de grands projets liés aux énergies propres, ainsi que dans l’agriculture et les projets destinés aux consommateurs. En établissant ce nouveau partenariat stratégique, nous créons la stabilité et la certitude nécessaires pour catalyser de nouveaux investissements et de nouvelles opportunités pour les travailleurs canadiens. Le Canada et la Chine sont tous deux de fervents défenseurs du multilatéralisme.
Nous partageons plusieurs objectifs en ce qui a trait à l’environnement. Le leadership du Canada et de la Chine a permis de créer avec succès le cadre mondial pour la biodiversité Kunming-Montréal lors de la COP15 à Montréal. C’est pourquoi le troisième pilier de notre partenariat stratégique porte sur un engagement renouvelé envers la gouvernance mondiale. En collaborant davantage, le Canada et la Chine peuvent se concentrer sur leurs nombreux domaines d’intérêt commun allant de la compétitivité climatique et des finances à la stabilité macroéconomique, et au multilatéralisme.
La Chine sera l’hôte de l’APEC cette année et le Canada est prêt à appuyer son programme, axé sur le renforcement et la revitalisation du système multilatéral. Le Canada apprécie le soutien de la Chine à sa candidature pour accueillir le Sommet des dirigeants de l’APEC en 2029. Le quatrième pilier de notre nouveau partenariat stratégique est la sécurité publique, un domaine dans lequel un dialogue pragmatique et constructif avec la Chine est essentiel. Grâce à ce pilier, nos forces de l’ordre renforceront leur coopération afin de mieux lutter contre le trafic de stupéfiants, la criminalité transnationale, la cybercriminalité, les drogues synthétiques et le blanchiment d’argent. Nous créerons ainsi des communautés plus sûres pour les citoyens de nos deux pays. Enfin, les gens ont toujours été au cœur de cette relation. J’ai dit que le Canada comptait 2 millions de Chinois de la diaspora. Plus de 300 000 visiteurs chinois sont venus au Canada en 2024. La Chine est la septième source de tourisme du Canada. Ainsi, le cinquième pilier de ce partenariat consistera à encourager les occasions d’échanges culturels et de partenariats qui renforcent encore davantage les liens entre nos populations. Cela signifie que les musées, les créateurs de contenu numérique, les artistes visuels et autres professionnels de la création de nos pays respectifs auront de nouvelles occasions de collaborer. Cela signifie également une augmentation du tourisme, notamment à la suite de la décision prise en novembre par la Chine d’accorder le statut de destination approuvée aux groupes de voyageurs se rendant au Canada. Nous nous appuyons sur ces progrès pour accroître les échanges touristiques et resserrer nos liens culturels. Je suis très heureux de vous annoncer que, lors de notre rencontre d’aujourd’hui, le président Xi s’est engagé à garantir l’accès sans visa aux Canadiennes et Canadiens qui se rendent en Chine.
Nous ne nous faisons aucune illusion. Le Canada et la Chine ne s’alignent pas sur tout.
Nos pays sont différents l’un de l’autre. Nos systèmes, nos histoires et nos points de vue sont différents. Pourtant, nous avons beaucoup en commun. Et lorsque nous nous concentrons sur nos points forts, nous concentrons nos ambitions sur les domaines où nous avons le plus en commun. Le Canada et la Chine ont accompli de grandes choses. Au milieu des années 1980, notre commerce bilatéral était d’environ 2 milliards de dollars. En deux décennies seulement, ce chiffre a atteint 30 milliards de dollars. Malgré les périodes de tensions et de perturbations dans le monde, nous avons créé plus de débouchés pour nos travailleurs, nos entreprises et nos investisseurs en travaillant ensemble. Et dans le cadre de ce nouveau partenariat stratégique, c’est l’occasion qui s’offre à nous aujourd’hui. C’est un partenariat qui tient compte du monde tel qu’il est aujourd’hui et qui permet des rapports réalistes, respectueux et fondés sur nos intérêts. Le travail accompli ces derniers mois, les discussions et les rencontres des deux derniers jours ne visaient pas à remettre le train sur les rails. Il s’agissait bien davantage de concevoir de nouvelles voies au profit de la population de nos deux pays.
Parce que le système mondial a été chamboulé. Le Canada doit tracer une nouvelle voie en naviguant dans le monde tel qu’il est et non comme nous aimerions qu’il soit. Nous traçons cette voie avec confiance, pragmatisme et ambition.
Dans un monde de plus en plus incertain, le Canada construit avec rapidité, confiance et détermination. Nous forgeons de nouveaux partenariats partout dans le monde et diversifions nos échanges commerciaux dans le cadre d’une douzaine de nouveaux accords conclus sur quatre continents au cours des derniers mois. Nous attirons des niveaux records de nouveaux investissements dans le but d’injecter 1 000 milliards de dollars dans l’économie canadienne au cours des cinq prochaines années. Nous établissons un réseau de nouvelles relations avec la Chine afin de créer des possibilités transformatrices pour les travailleurs canadiens et d’apporter davantage de stabilité, de certitude et de prospérité des deux côtés du Pacifique.